22/12/2008

J22 - Question de perception ?

Apprend-on par la perception ou par la cognition ? Entendons par le biais des sens ou par le biais de la raison ? La cognition n’est-elle pas le fruit d’une connaissance sensorielle et/ou perceptive ?

 

 

autism_2.jpgQuestion presque aussi vieille que le monde, au centre d’une réflexion philosophique qui traverse les temps et qui s’actualise au gré des nouvelles connaissances.

 

 

 

Si nous re-prenons la définition stoïcienne de la perception, à savoir un acte de connaissance objectif, celui qui « saisit » ou manifeste un « objet réel déterminé «  (physique ou mental), alors la perception de vient synonyme de « compréhension » (l’action  de saisir par l’intelligence, presque de « comprimer » par le biais de l’intelligence… di fficile de traduire du grec). La sensation est donc pour les Stoïciens « une perception à travers les sens qui équivaut à la compréhension ».

 

 

Cicéron traduisit cette notion simplement par « perceptio ». Cicéron avait l’art d’aller à l’essentiel, peut-être.

 

 

Dans son De natura juxta propria principia, Bernar di no Telesio re-problématise la question, et di sait que la "sensation est la perception des actions des choses, des impulsions de l’air e des propres passions et mutations, en particulier ces dernières " (VII, 3). Cette définition sera reprise par Bacon puis par Descartes, qui l’élabore en établissant une di stinction nette entre « perception » et « sensation », di stinction qui nourrit aujourd’hui encore beaucoup de nos réflexions.

 

 

Que penser dès lors  de la définition de « la perception » qui est à la base aujourd’hui de tout un courant en psychologie qui la définit comme l'activité au moyen de laquelle l'organisme prend connaissance de son environnement à partir des in di ces sensitifs ? Dans une perspective plus neurophysiologique (qui ne cessera de se développer dans ces prochaines années), la perception a également une fonction d'interprétation et de traitement des données sensorielles (visuelles, au di tives, olfactives, gustatives, tactiles,...) et mentales (pensées, concepts, représentations, etc.)…PSpiral2.gif

 

 

 

Au centre de ces réflexions qui traverse les époques et que je n’ai ici résumées que très succinctement, une question reste inchangée -je pense  - et elle est importante: l’homme est-il la somme que de ses expériences sensorielles et/ou perceptives ?

 

 

Je n’ai aucune compétence pour donner une réponse, je ne peux parler qu’au nom de mon expérience. Dans mon expérience il y a la confrontation avec un enfant qui sent et perçoit di fféremment, ça c’est une certitude. Et je me suis posée alors une autre question : ne pourrions-nous pas définir la perception et la sensation à travers le prisme de l’altération de la perception et de la sensation ? Quelles connaissances aurions-nous de nous-même, de l’autre et du monde si la sensation et la  perception (il n’y a aucune consecutio pour moi entre ces deux notions) étaient, à la base, di fférentes ?

 

 

Une vision altérée de la réalité ? Ou une autre vision de cette même réalité ?

 

 

 

 


Autisme  envoyé par hafagg

 

 

Je vais réfléchir à la question, promis, mais après un bon petit ristretto, il faut au moins ça à deux jours de la veille de Noël: J 22 ou J-2 (selon votre perception).

 

 

09:30 Publié dans Autisme | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Cette question de l'apprentissage par la perception, qui est toujours fondamentalement le fait du cerveau et non directement de l'organe de perception, se pose de manière essentielle dans les recherches et les hypothèses sur l'intelligence artificielle et ce que l'on appelait autrefois les robots. Si l'on admet que dans quelques années ou décennies, des ordinateurs seront des milliards de fois plus efficaces en terme de mémoire et de capacité de calcul que notre cerveau, et qu'ils pourraient alors soit acquérir leur propre "intelligence", soit être chargés du contenu d'un cerveau humain, dans quelle mesure seront-ils humain s'ils ne possèdent pas tous nos organes sensoriels à l'origine de nos expériences (même si, comme je l'ai rappelé plus haut, l'oeil ne voit pas sans le cerveau qui décode les signaux qu'il reçoit)?

Écrit par : Mère | 22/12/2008

Bonjour, et merci encore pour ce blog que je lis assez régulièrement....ainsi que les infos envoyées via ma boîte email...

Mon humble réponse à une question posée plus haut: pour moi, c'est une évidence que c'est une perception DIFFERENTE de la réalité.
Encore, rires, faut-il définir ce qu'est la réalité.....

ça vaudrait un joli débat...que je n'ai pas le temps d'aborder en ce moment en tous cas....:=))

Bonne fêtes à vous et à ceux qui vous sont chers!

Ark

Écrit par : arkencielle | 22/12/2008

@ Mère - L'intelligence artificielle est fascinante, mais moins que le fonctionnement d'un cerveau d'une personne autiste. Ce n'est pas moi qui le dii. Un laboratoire de l'EPFL travaille actuellement sur l'interaction robot/personne autiste... l'idée est partie il y a quelques temps du constat que les persones autistes ont un fonctionnement parfois très "similaire" à celui des ordinateurs, binaire, concret, peu modulable. Tout cela est assez juste, mais la donnée qui fait toute la différence est précisément la capacité perceptive. Je mets au défi la machine de percevoir.

@ Ark - C'est en effet une EVIDENCE ! Mais paraît-il qu'il faut encore la démontrer à certains récalcitrants du système...qui malheureusement bloque le système! Et après on dit qu'il y a que les autistes qui sont incapables de changer...et en plus c'est faux! A chacun SA réalité, rires, justement, c'est quoi la REALITE ? Celle du plus fort ? J'espère -formulons le voeux- que ce sera celle du bon sens. Bonnes fêtes à vous aussi.

Écrit par : Marie-Jeanne | 23/12/2008

@Marie-Jeanne: Loin de moi de prétendre que l'un soit plus fascinant que l'autre. Ce qui est certain, c'est que ce qu'il y a de plus utile moralement, ce sont les études qui cherchent à aider les êtres humains à s'accomplir. Pour les personnes qui souffrent d'un handicap cela semble évident, encore faut-il s'entendre sur ce qu'est un handicap. Je constate qu'il y a, dans le monde anglo-saxon en tout cas, un fort mouvement pour lutter contre la "guérison" de certaines "infirmités". Cela touche le cas des sourd-muets, peut-être aussi des autistes, et je ne désire pas m'exprimer sur un sujet que je connais mal.
Pour certains, et ce n'est pas nouveau, puisque les religions y participent à leur manière, tout le genre humain est malade: cette maladie est appelée "le mal" sous ses différentes formes, pour d'autres c'est simplement notre incapacité à nous gouverner sans infliger des souffrances inutiles à autrui, pour d'autres cela peut être notre marche inexorable vers la destruction de la Planète. A cet égard nous pourrions être "améliorés" par l'aide d'auxiliaires tirés de la technologie, pour d'autres nous pourrions être remplacés par une nouvelle espèce issue de l'interpénétration de l'humain et des nouvelles technologies, pour d'autres c'est non seulement inévitable mais de plus un bienfait (à la lecture de la presse quotidienne il m'arrive, je l'avoue de penser que ce ne serait en tout cas pas une grande perte):
Sur ce point non plus je ne désire pas m'exprimer plus avant, mais simplement mentionner ce que j'apprends dans mes lectures.
Il y a un point cependant sur lequel l'histoire nous donne une certitude: il n'est jamais possible de prévoir quelle recherche et quelle innovation scientifique servira l'humanité plus qu'elle ne la desservira, que ce soit à court ou à long terme, et donc strictement impossible, sauf à agir par principe de précaution, d'empêcher ou de promouvoir telle ou telle recherche avec l'assurance absolue de ne pas se tromper. Je ne fais pas allusion ici aux expériences qui impliquent des animaux ou des embryons, sujet qui ont fait et font encore l'objet de commentaires (religieux ou non) innombrables et accessibles à tous.

Écrit par : Mère | 23/12/2008

@Mère - Votre réflexion pose un problème sérieux, celui de la place de l'homme et de sa "fonction" au sein d'un espace qu'il essaie de comprendre (décortiquer parfois) et de maîtriser, mais qui le dépasse à chaque fois: la nature. Je suis ABSOLUMMENT pour la "libertas philosophandi" comme disait un auteur que je connais un peu, Tommaso Campanella, mais la liberté n'a de meilleure garante pour être (continuer à être) que le sens de la limite à ne pas dépasser. La nature peut constituer cette limite. En somme, je pense. Bonnes fêtes à vous !

Écrit par : Marie-Jeanne | 24/12/2008

@Marie-Jeanne: Merci de vos voeux, que je vous fais à mon tour, et de votre commentaire si intelligent et succint. Le problème, si problème il y a, réside dans le sens du mot nature, me semble-t-il: sauf à le limiter à celui qu'on lui réserve lorsque l'on parle de la préservation de la nature (faune, flore, (élements minéraux, etc. éventuellement) et processus qui qui leur sont associés), ou alors à ce qui existe sans l'intervention de l'homme, il n'y a que nature pour moi et même ce qui nous paraît de plus artificiel fait encore partie de la nature. Dans ce sens, il est donc possible qu'un jour notre "nature" change à tel point que nous paraissions ne plus en faire partie. Mais ce ne serait qu'une illusion. Maintenant, je ne suis pas (encore du moins) misanthrope au point de vraiment souhaiter notre disparition totale, ne serait-ce que parce que j'ai une nombreuse famille que j'adore, ainsi que quelques amis chers, et que les nouvelles dont la presse m'accable chaque jour me rappellent aussi chaque fois qu'il y a des êtres humains de telle qualité qu'ils méritent véritablement non le paradis, auquel je ne crois pas, mais en tout cas d'exister, et cela malgré les dommages que nous nous infligeons les uns aux autres et ceux que nous infligeons à la planète.

Écrit par : Mère | 24/12/2008

Les commentaires sont fermés.