23/04/2009

L'autisme, un domaine en pleine recherche

 

 Motivation sociale et émotions sociales dans l’autisme de haut niveau

 

 

Résumé du projet :

 

La société constitue l’environnement naturel de l’espèce humaine : c’est en interagissant, en échangeant de l’information et en coopérant avec les autres que les humains se sont adaptés aux changements de leur environnement. Dans un tel environnement social, il est crucial de pouvoir 1) reconnaître les indices sociaux et 2) s’engager dans des interactions sociales.

Pourtant, tandis que les enfants et adultes acquièrent une forte expertise pour identifier les émotions sociales chez autrui, les personnes atteintes d’autisme présentent souvent des difficultés pour lire les états mentaux et émotionnels d’autrui. De nombreux travaux font en effet état de particularités de traitement de l’information émotionnelle et sociale dans l’autisme.

 

Cependant les conclusions actuelles restent équivoques. Comment expliquer ces contradictions ? Dans les populations neurotypiques, les différences interindividuelles permettent de rendre compte de nombreuses variations dans les capacités de traitement de l’information émotionnelle. Cet aspect n’est pas pris en compte dans l’autisme : si les études de groupe y sont nombreuses, rares sont les études prenant en compte d’éventuelles différences interindividuelles au sein du spectre autistique. Or une meilleure caractérisation de ces phénotypes est un pré-requis indispensable à la réalisation d'études génétiques et à une approche thérapeutique efficace.

De plus, tandis que les enfants et adultes paraissent naturellement motivés par les interactions sociales, les personnes autistes manifestent typiquement un moindre intérêt pour l’environnement social et un important repli sur eux. En dépit d’une littérature abondante dans l'autisme soulignant un déficit d'intérêt social d'une part, et une motivation accrue pour les activités non sociales, factuelles de l'autre, la motivation sociale en tant que telle n’a pas été étudiée dans cette pathologie.

 

Dans ce projet, nous explorerons donc deux questions liées à la cognition sociale dans l’autisme. Comment les différences interindividuelles permettent de rendre compte de la variabilité des capacités de traitement de l’information émotionnelle dans l’autisme ?

Comment sont traités les stimuli sociaux et non sociaux dans les populations ordinaires et autistes ?

 

Promoteur : Institut Mutualiste Montsouris ; Avis favorable du CPP Paris Ile de France 6 ;enregistré à la DGS N° DGS2007-0562

 

Questions pratiques

 

L’étude nécessite 30 adultes (18-40 ans) avec autisme de haut niveau ou syndrome d’Asperger ayant reçu un diagnostique par un psychologue ou un psychiatre professionnel, selon les critères internationaux en vigueur (DSM-IV ou CIM-10). Néanmoins, quand cette information ne sera pas déjà disponible dans le dossier, nous envisageons d’utiliser l’instrument diagnostique ADI-R si le participant est d’accord, qui nécessite d’interviewer un parent du participant et cela pour une durée de 1h30 environ.

 

L’examen du dossier sera nécessaire afin de vérifier que les participants ne présentent pas de contre-indications à la passation du protocole (ne pas inclure des participants dont l’état de santé serait incompatible ; par exemple, les personnes appareillés d’un pace-maker ou de clips-neurochirurgicaux ne peuvent pas participer aux études IRMf mais pourront participer aux études comportementales sur ordinateur). En respect avec les règles de bonnes pratiques de la recherche clinique en vigueur, seuls le coordonnateur du projet et les médecins habilités par le CPP seront concernés.

L’IRMf est un appareillage totalement non-invasif. Cependant, en cas d’appréhension (il faut rester allongé dans un espace réduit et bruyant), il sera proposé au participant au préalable un temps d’observation et d’essai de la machine et de l’environnement. Aucun prélèvement en plus de ceux pratiqués par l’équipe médicale en charge du patient ne sera demandé. Les prises de rendez-vous pour la réalisation des tests comportementaux et IRMf se feront en s’accordant sur les disponibilités des patients et de leur famille. Le participant sera accueilli et encadré par l’expérimentateur qui l’aura contacté. L’expérimentateur expliquera les détails du protocole au participant et s’assurera qu’il est toujours d’accord pour participer à l’étude La phase clinique (de confirmation du diagnostique) pourrait être réalisée chez le participant ou dans son centre d’accueil si nécessaire. Cette phase nous servira avant tout à compléter les informations relatives au diagnostic et prendre en compte les différences interindividuelles des participants ; en aucun cas nous ne remettrons en cause le diagnostic préalablement établi.

 

En revanche, en raison du matériel utilisé (IRMf) pour l’étude et de la nécessité de standardiser la procédure de recueil de données, il nous est impossible de nous déplacer pour la phase expérimentale.

 

Nous prévoyons d’envoyer à tous les participants un rapport écrit résumant les résultats obtenus dans l’étude. Le sujet pourra demander à tout moment des informations complémentaires auprès de l’investigateur coordonnateur, le Pr Maurice Corcos (01 56 6169 23). S’il le souhaite, le participant pourra également prendre contact la responsable scientifique (Dr Julie Grèzes : 01 44 32 26 76) pour obtenir des informations sur les résultats globaux de l’étude.

 

L’étude se déroule en trois temps : dans un premier temps, les détails de la procédure seront expliqués au participant volontaire par téléphone. A l’issu de ce premier contact téléphonique, un rendez-vous sera fixé pour la phase clinique. Ce second temps nous permettra de permettra de préciser le profil du participant à l’aide de l’ADOS, de fournir des informations au participants concernant le protocole, de nous assurer qu’il souhaite bien participer à l’étude, et de vérifier que tous les critères d’inclusion sont respectés. Une lettre d’information ainsi que la feuille de consentement seront remis au participant volontaire. Le troisième temps est une

phase expérimentale durant laquelle le participant participera aux deux expériences présentées ci-dessous. Cette phase expérimentale aura une durée variable en fonction du choix du participant (voir ci-dessous), ne participer qu’aux tests cognitifs, qu’à l’étude IRMf ou bien encore aux deux. L’IRMf a lieu à l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris.

 

Deux études seront proposées aux participants : l’une portant sur les différences interindividuelles dans le traitement des informations émotionnelles ; l’autre sur la motivation sociale. Ces deux études ont reçu l’accord du comité d’éthique et ont fait l’objet d’une validation expérimentale auprès de populations ordinaires.

 

Ce projet comporte trois phases d’investigation :

 

1- Phase clinique : suite à la prise de contact téléphonique avec le participant au cours duquel un rendez-vous aura été fixé entre l’expérimentateur et le participant, celui-ci se verra remettre un feuillet d’information. Après avoir pris connaissance de ce document, le participant pourra donner son accord écrit. L’expérimentateur lui fera passer l’examen ADOS qui permettra de compléter le diagnostic (45 minutes). Il remplira ensuite une batterie d’autoquestionnaires standardisés nous permettant d’établir son profil affectif (45 minutes). Enfin, un rendez-vous pour la passation des tests cognitifs sera fixé sur leur lieu de prise en charge.

 

2- Tests cognitifs : le participant sera placé devant un ordinateur et il devra réaliser une série de tâches cognitives (reconnaissance d’expressions émotionnelles faciales et corporelles, traitement de stimuli sociaux et non sociaux) ne durant en tout pas plus de 2h. Les stimuli utilisés consisteront soit en des stimuli sociaux (comme des visages) et non sociaux (des objets), soit en des acteurs filmés en pied et dont le visage aura été masqué, exprimant des émotions différentes et présentés dans des contextes sociaux différents. Les stimuli sociaux et non sociaux sont des photos présentées pendant 1 seconde et les stimuli corporels sont des vidéos d’une durée de 3 secondes. Pour ces tâches comportementales, le participant recevra une indemnité de 20 €.

 

3- Imagerie à Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf) : Si le participant remplit les critères d’inclusion aux examens d’IRM fonctionnelle, il sera invité à réaliser une série de tâches du même type que celles utilisées lors de la phase 2 des tests cognitifs, mais sous IRMf. Cet appareil permet de mesurer l’activité cérébrale sans aucun risque pour le participant pendant que celui-ci visionne des stimuli émotionnels et sociaux. Des boutons manuels reliés à un micro-ordinateur permettront au sujet d'indiquer son choix parmi plusieurs réponses. Pour leur confort, les participants porteront des bouchons d’oreilles pour atténuer le bruit produit par le scanner. La durée totale de cet examen IRM est inférieure à 2 heures. Pour cette tâche d’IRMf le participant recevra 80 €.

 

Toutes les mesures acquises seront rendues anonymes. Elles seront centralisées et analysées sous la responsabilité scientifique de Julie Grèzes (chercheur INSERM statutaire) et de Sylvie Berthoz (chercheur INSERM statutaire). Nous nous tenons à la disposition des familles et des participants pour fournir davantage d’informations concernant les détails de la procédure.

 

 

 

Attendus de l’étude

 

Ce projet nous permettra de mieux comprendre la diversité endophénotypique de l’autisme.En effet, peu de travaux ont pris en compte les différences interindividuelles dans les populations autistes, peu se sont penchés sur la valeur accordée aux stimuli sociaux dans ces populations et nous ne disposons actuellement d’aucun outil nous permettant de quantifier  l’intérêt social. Les études de corrélations entre style affectif, fonctionnement cérébral et comportement permettront une meilleure définition des phénotypes neurocognitifs associés aux déficits dans les interactions sociales observés dans les syndromes autistiques. Par ailleurs, si un déficit d’orientation sociale est couramment rapporté dans les descriptions cliniques des troubles autistiques, les bases cognitives et neurales d’un tel désintérêt ne sont pas encore élucidées. Démontrer un déficit primaire de la motivation pourrait donc constituer une hypothèse intéressante pour rendre compte des déficits sociaux observés de façon universelle dans l’autisme.

 

A terme, ce projet pourrait permettre d’ouvrir la voie vers de nouvelles stratégies éducatives. En effet, il semble que les enfants autistes soient moins intéressés par les stimuli sociaux et davantage attirés par des intérêts factuels (non sociaux, pour la plupart). Des stratégies visant à rétablir une balance entre l’intérêt social et les activités pragmatiques pourraient en effet être particulièrement utiles pour les enfants. Par ailleurs, la prise en compte des différences interindividuelles permettra de mieux adapter les stratégies éducatives à chacun en fonction de leurs compétences socio-émotionnelles propres. Ces deux aspects d’un même profil atypique peuvent tous deux poser problème dans un contexte scolaire et devrait donc constituer une cible privilégiée pour l’intervention précoce. A un niveau plus général, les personnes autistes et leur famille bénéficieront de ce travail visant à mieux comprendre et sensibiliser l’opinion sur les difficultés associées aux troubles autistiques.

 

Les résultats de nos études seront rapidement communiqués à la communauté scientifique internationale sous forme d’articles et de conférences de spécialistes. Nous participerons également à des conférences plus généralistes nous permettant ainsi de toucher un public plus large (chercheurs et cliniciens mais aussi les familles et les personnes autistes elles-mêmes).

Nous souhaitons également offrir aux familles et aux participants un retour écrit concernant les études que nous aurons menées. Nous nous assurerons donc que chaque participant recevra un rapport écrit détaillé à l’issue de l’étude, notamment en terme de bilan sur son profil socio-affectif. Nous pensons que cette démarche est indispensable pour que les participants sentent que leur participation est valorisée et qu’ils sont inclus dans le processus de recherche scientifique.

 

Etude réalisée par Dr Julie Grèzes et Dr Sylvie Berthoz

Laboratoire de Neurosciences Cognitives - INSERM U742 - Département d’Etudes

Cognitives - Ecole Normale Supérieure - 29, rue d’Ulm - 75005 PARIS

Appel à volontaires pour participer à l’étude. Contacts :

coralie.chevallier@googlemail.com; lydia.pouga@ens.fr; julie.grèzes@ens.fr,

INSERM U742, DEC - ENS, 29 Rue d’Ulm, 75005 Paris. 01 44 32 26 76

 

 

Source: http://pagesperso-orange.fr/arapi/fichiersPDF/AVGrezesBer...

06:24 Publié dans Autisme - recherches (médicales) | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Les commentaires sont fermés.