04/06/2009

L’éducation des enfants autistes

Les différentes interventions sur l’éducation des enfants autistes au congrès d’Oslo (2007)  mettent en exergue un certain nombre de dilemmes. L’un d’eux s’inscrit dans la nécessité de reconnaître les besoins éducatifs si particuliers des personnes atteintes d’autisme.

L’on devrait arriver à développer des stratégies d’enseignement spécifiques tout en facilitant l’accès aux connaissances et aptitudes culturelles qui permettront à ces personnes de faire partie intégrante de la société (cf. « Social Inclusion and the Education of Children with Autism Spectrum Disorders » de Rita Jordan, Université de Birmingham). Bien des pays, comme la Suisse, se fondent sur un modèle médical en utilisant le diagnostic pour fournir des services spécialisés séparés. Ceci a l’avantage de constituer une expertise et un soutien professionnels mais rend l’accès de ces enfants au monde qu’ils devront habiter en tant qu’adultes beaucoup plus difficile. Ce modèle, en effet, justifie et encourage la séparation des services pour adultes. Par ailleurs, s’il est nécessaire d’inclure les enfants autistes dans des structures scolaires ordinaires pour leur faciliter l’apprentissage des règles sociales, leur intégration prématurée dans des services qui ne sont pas adaptés à leurs besoins (et où ces besoins ne sont pas identifiés) pourrait également conduire à une ségrégation, dans la mesure où l’accès à l’expertise n’est alors disponible que lorsque l’enfant est en situation d’échec ; or une fois l’enfant exclu, il sera beaucoup plus difficile de le réintégrer.

Les récents travaux du Conseil de l’Europe sur l’éducation des enfants autistes tendent à résoudre ce dilemme : ses recommandations, au nombre d’une quinzaine, seront publiées sous peu. Elles s’adressent au gouvernement des Etats membres du Conseil et édictent les conditions minimum qui devraient être assurées pour l’éducation des enfants avec autisme (cadre juridique, spécificité de l’autisme par rapport aux autres handicaps, approche multidisciplinaire au niveau du diagnostic et de l’évaluation, accès à des services publics, association des familles aux différentes décisions, spécifique leur donnant les moyens de s’impliquer dans activités favorisant leur insertion sociale, évaluation et contrôle des services). La réflexion que conduit actuellement la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) dans l’élaboration du concordat sur la formation scolaire spéciale va également dans ce sens : les instruments qui sont développés dans le cadre de ce concordat s’éloignent du modèle médical qui se concentre sur les déficiences pour déterminer les besoins et vont plutôt vers un modèle social qui permet de déterminer les forces susceptibles d’être utilisées dans l’apprentissage.

La comparaison des progrès réalisés par des enfants avec autisme éduqués dans une école ordinaire avec ceux d’enfants avec autisme éduqués dans des structures spécialisées fait l’objet d’études récentes. Celles-ci (« A comparative Study of Social Skills of the Children with Autism as Perceived by their Teachers in Special and Inclusive Schools of Pakistan », Abdul Hameed, Department of Special Education,  University of Punjab, Lahore, Pakistan) indiquent clairement que l’école ordinaire est plus propice au développement des aptitudes sociales des enfants avec autisme. L’Institut de pédagogie curative de Fribourg procède actuellement à une étude similaire en comparant le développement d’enfants en situation de handicap bénéficiant du service d’intégration avec des enfants en école spécialisée.

 

Autre trame de fond qui ressort des différentes allocutions au Congrès d’Oslo : la nécessité, d’une part, de prévoir une éducation continue tout au long de la vie des personnes atteintes d’autisme et, d’autre part, l’importance cruciale d’anticiper les transitions dans toutes les étapes décisives de la vie : de la petite enfance à l’entrée à l’école, de l’école à la formation professionnelle et la vie adulte, de la vie adulte à la retraite. Tous les moyens – aussi parfaits qu’ils soient – mis à disposition pour l’éducation d’un enfant atteint d’autisme peuvent être dénués de toute efficacité à terme s’ils ne sont pas suivis de services adaptés lorsque l’enfant aura atteint l’âge adulte. Une étude présentée par des Néerlandais (« Social Inclusion by Inclusive Education » P. Paquot Servais et Dr. L. Kannehuis) le démontre clairement.

 

Fouzia Rossier

Déléguée Autisme-Europe

Congrès d'Oslo - 2007

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