08/11/2009

Les mots qui blessent

Il y a une consistance dans les mots qu’on ne décèle pas, comme dans les pensées qui cèlent les instants toujours trop brefs d’une existence. Elle est même dense. Mon fils gomme d’une main ce que l’autre trace pour ne laisser de lui que cet éternel oxymore qui fait ombrage aux déterministes de la pensée, à ceux qui croient que la mémoire se cultive qu’au gré du temps qui passe et trépasse. Le temps peut être un éternel présent. Le temps, comme lui, est un soleil noir. Il ne s’éteind que dans les yeux de celles et ceux qui ne savent plus voir.

Son regard est fugace, il fixe ses mille pensées sur mille papiers au feutre noir, noir pas un autre, pour mieux cerner, discerner, scerner non pas ses mots, mais les nôtres. Il les fixe pour nous comprendre. Et il nous comprend. Presque.

 

soleil_noir.jpgCe soir en rentrant à la maison, j’ai lu mes messages et il a vu mon regard se mouiller.

Il m’a dit :

-C’est mouillé.

J’en ai presque souri.

Je lui ai répondu :

-Oui, Gabriel, c’est mouillé. C’est une autre manière d’être mouillé.

Il a souri. Alors, même si son regard était fugace j’ai ajouté : 

-  Tu sais, parfois, dans la vie Gabriel, il y a des mots qui blessent et font mouiller les yeux.

Il m’a répondu :

-(les mots ne peuvent pas blesser), tu ne saignes pas.

Silence.

J’ai juste écris dans mon cœur de maman, au feutre rouge, ses mots.

20:01 Publié dans Autisme - mon fils | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Beatrix, vos dialogues avec votre fils sont un rappel constant de ce que nous mettons dans les mots, ce que nous mettons de sous-entendu, d'implicite, de présupposé d'une appartenance culturelle. Le sens est défini non plus par la matérialité des faits mais par un consensus sur leur deuxième degré.

La construction du sens, par étages successifs, superposés, par glissement symbolique, est un phénomène culturel. Elle n'est pas une erreur de la pensée, mais elle comporte un potentiel de malentendus. Ainsi de ce que nous croyons pouvoir mettre dans les mots des autres au-delà de leur sens premier: est-ce vraiment ce qu'ils ont voulu dire? Nos connotations sont-elles les leurs? Votre fils appelle à être plus explicite, à exprimer clairement notre intention. Quelle belle leçon de communication. Merci pour ces rappels réguliers aux fondements du sens et du dire.

Écrit par : hommelibre | 08/11/2009

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