10/01/2010

Et si c’était le contraire ?

Comprendre la différence vous offusque ? Vraiment ?

Et bien moi, je m’offusque lorsque je lis les propos de certains psychiatres (pas tous heureusement et ils seront toujours moins à l’avenir) qui affirment, au nom de leur pensée conformiste, de leur école devenue une chapelle à défendre, au nom d’une idéologie qu’ils ne reconnaissent même plus comme telle tant elle fait partie de leur modus vivendi, je m’offusque de lire, je cite qu’il faut : « accepter que l’autisme soit une forme de folie et pas un avatar organique (ce qui) rend(rait) aux personnes autistes une chance supplémentaire d’être considérées pour ce qu’elles sont, les « grands blessés des narcissismes » comme disait Tony Lainé, des humains à part entière, et pas amputés d’une partie de leur système nerveux » (« Cheminer avec les autistes », in revue du champ social et de la santé mentale, n.102, p.32)

Voilà la brillante conclusion de brillants automates de la pensée qui s’insurgent contre l’école cognitivo-comportementale en se comportant de leur côté de manière méprisante, arrogante et réductrice, mots qu’ils attribuent à leurs ennemis jurés.

 

Il est réducteur de croire que l’on a, au nom de mots appris dans des livres que l’Histoire a déjà classifié dans une mouvance de pensée du siècle dernier, que l’on a –disais-je- la science infuse. C’est très arrogant. Cela se saurait si les psychiatres lacaniens ou freudiens étaient d’un grand secours pour nos enfants…voilà plus de 40 ans qu’ils s’en occupent avec à la clé quoi comme résultats ? Nous attendons encore…

 

Certes, l’école cognitivo-comportementale (dont les psychiatres dressent un portrait tout aussi caricatural que ne le font les tenants du tout behavorialisme à l’attention des psychiatres), n’a pas le monopole non plus des solutions idéales. Là aussi cela se saurait. Le mérite de cette école toutefois est d’avoir brisé le mythe de « l’autiste fou », de la « maladie psychique » dans laquelle les résistants psychiatres d’aujourd’hui reviennent en force essayant –pour consolider leur propos- de concilier psychiatrie et neurobiologie, à travers le concept-clé de « plasticité du cerveau ».

 

La psychiatrie du XXIème siècle se re-cherche, elle essaie de se redéfinir, de re-trouver des limites, des champs d’action (il n’y a qu’à lire dix lignes des débats internes qui occupent cette discipline pour le comprendre) et elle le fait sur le dos de nos enfants qu’ils considèrent, de manière un peu romantique, comme des « enfants mystères » (je cite !!!!!!!).

Alors pour défendre leurs positions, les psychiatres que je qualifie de « littéraires » (ce propos n’est pas, dans ma perspective, une insulte, mais une manière de qualifier cette tendance de la psychiatrie) attaquent :

·  les collègues qui ont une formation dans le domaine des neurosciences et qui attribuent à l’autisme une origine, non psychique, mais biologique (facteurs neurologiques et génétiques) en en démontrant ainsi de se moquer éperdument des résultats scientifiques acquis au niveau international,

·      les industries pharmaceutiques de vouloir prendre leur place (je cite !!!!), 

·     les associations de parents d’avoir favorisé -au damne de leur discipline- le courant cognitivo-comportemental, tout en reconnaissant que les psychiatres avaient mis à l’écart les parents au niveau de la prise en charge de leurs enfants et qu’ils les avaient même accusés d’être responsables du mal de leurs enfants (ce qu’ils croient encore aujourd’hui d’ailleurs, puisqu’ils ne démentent pas ces propos).

Je me permets tout de même de préciser qu’il y a moins de 40 ans, au nom de la psychiatrie toute puissante, des enfants ont été retirés de leur famille et placés en institutions soi-disant pour leur bien et les parents n’avaient qu’un droit de visite limité….je le dis juste à titre d’information…

 

Il est clair qu’il va falloir ouvrir le dialogue, ouvrir les débats, confronter nos positions, mais ce n’est pas de la manière dont ces messieurs les psychiatres d’aujourd’hui écrivent que cela sera possible… il faut d’abord arrêter avec le mépris et l’arrogance, puis reconnaître – de leur part- les « erreurs » colossales du proche passé. Ces erreurs sont dans la mémoire des parents bien vivants dont les enfants bien vivants aussi, ont été placés et parfois sont encore placés (souvent avec des mesures de contentions) dans des hôpitaux psychiatriques, placés par ces psychiatres de la même mouvance idéologique qui à l’époque comme aujourd’hui nient l’origine biologique de l’autisme. Il est impossible de dialoguer sereinement sans un « mea culpa », sans une reconnaissance de la souffrance affligée à des parents et à des enfants au nom d’une « idéologie » qu’ils essaient de maintenir à tout prix.

 

C’est sur cette base qu’il sera possible de débuter un dialogue que nous appelons de tout notre force. Ce dialogue a déjà débuté aves des psychiatres qui ont une formation dans le domaine des neurosciences et il est fructueux.

Il faut distinguer les psychiatres-littéraires qui ont une vision « poétique » du rapprochement psychiatrie/neurologie des psychiatres qui ont une formation de base dans le domaine des neurosciences. Ce n’est pas la même chose. Si les premiers n’insistent QUE sur l’aspect psychique de l’autisme en croyant qu’un travail intersubjectif apportera les bonnes réponses à la manière d’être de nos enfants, les autres –en investiguant les mécanismes du cerveau- ouvrent de nouvelles pistes d’interventions, certainement encore en chantier, certainement encore à améliorer, mais de nouvelles pistes quand même (et qui donnent déjà des résultats). A la base entre ces deux tendances de la psychiatrie moderne (les « littéraires » et les neuro-scientistes), une hypothèse de travail radicalement opposée : pour les premiers l’autisme est une souffrance psychique, pour les autres il relève d’un dysfonctionement  biologique.

Or, dire que cela relève d’une origine biologique ce n’est pas un moyen de « déculpabiliser » les parents comme les psychiatres littéraires l’affirment un peu partout dans leurs écrits, parce que o simplement les parents ne se sont jamais sentis coupables du handicap de leur enfant, c’est eux – les psychiatres- qui ont orchestrés la culpabilité…. Un comble, me direz-vous et pourtant c’est la stricte vérité ! Et ils continuent ! Je souhaiterais vraiment qu’ils nous disent clairement ce que « maladie psychique » signifie pour eux, une maman-frigo new look ?

 

Mais je tiens à rassurer les psychiatres-littéraires : affirmer l’origine biologique de l’autisme ne signifie pas ignorer le « sujet », terme d’ailleurs très révélateur de cette mouvance de pensée… Non -au nom de la plasticité du cerveau dont ils se sont fait les théoriciens du XXIème siècle- je demande à nos amis psychiatres-littéraires de considérer nos enfants non comme des simples « sujets » mais comme des personnes à part entière. Ça fait une différence…

Et je retourne contre eux l’argument qu’ils énoncent en vérité absolue contre ceux qu’ils considèrent comme leurs détracteurs : faire croire qu’en agissant qu’au « niveau subjectif » nos enfants ont une perspective de vie plus réjouissante est une affirmation tout aussi partiale et partielle que ceux qui font croire qu’en agissant que sur les « mécanismes » nos enfants se porteront mieux.

Comme toujours et comme nous l’ont enseigné les Anciens (qu’il faudrait de temps en temps relire) la « vérité » -entendons la meilleure solution- est sans doute dans le juste milieu (medietas).

 

TED-autisme Genève invite tout le monde au DIALOGUE, mais au vrai dialogue, non pas celui qui se base, de part et d’autre d’ailleurs, sur l’arrogance et les a priori. Nous souhaitons que les insultes par textes interposés cessent. Il n’y a d’issue que dans la concertation et non la mise en caricature de part et d’autre des positions de chacun. Il n’est pas vrai que les psychiatres-littéraires d’aujourd’hui ne se sont pas évertués corps et âme (à leur mérite) de sortir des hôpitaux psychiatriques nos enfants que leurs prédécesseurs s’étaient empressés d’y enfermer ; il n’est pas vrai que les cognitivo-comportementalistes ne voient dans la personne autiste qu’une mécanique à « réparer ». Tout cela est grotesque, ridicule, réducteur et franchement s’il ne s’agissait pas de la santé morale et physique de mon/nos enfant j’en rigolerai à gorge déployée.

 

Alors oui, il faut cheminer avec les personnes autistes, mais dans la compréhension de leur manière de « comprendre », de « fonctionner » et de « vouloir ». Pour cela il est nécessaire de s’entendre sur les mots, sur les définitions et donc sur leur contenu.

Pour TED-autisme Genève l’approche intégrative est aussi une solution, mais notre définition de cette approche n’est pas la même que celle donnée par les psychiatres-littéraires d’aujourd’hui. Alors il est devenu NECESSAIRE, INDISPENSABLE de clarifier le contenu que chacun donne à cette approche pour éviter les AMALGAMES.

Il est dangereux pour la pensée de confondre les mots et la psychiatrie littéraire d’aujourd’hui -dans son auto-reflexion critique et pour se redéfinir - emprunte, sans égards, des lemmes venus d’horizons différents et même opposés du sien en en transformant la sémantique. C’est dangereux.  Les mots pour vivre ont besoin d’être les supports de concepts clairs et la psychiatrie n’a pas le droit – même au nom de ses débats internes- de transformer à son bénéfice le contenu des mots. Entretenir la confusion, la créer est tout simplement révoltant et embrouille (volontairement ?) davantage le problème.

 

L’approche intégrative comme nous la concevons, est une approche qui –sur la base TOUTEFOIS de l’acceptation que l’autisme n’est pas d’origine psychique (et c’est sur ce point que réside le vrai débat)– combine des éléments de l’approche relationnelle avec des éléments des approches cognitivo-comportementales.  C’est une approche qui ne réduit pas de manière caricaturale, comme le décrivent les psychiatres-littéraires, la prise en charge des enfants avec autisme au conflit soin/éducation. Dans notre vision  les aspects éducatifs qui sont essentiels et qui le sont d’autant plus si l’enfant est dans la courbe supérieure du spectre autistique n’enlèvent en rien à la valeur et à la nécessité d’une prise en charge thérapeutique. Il faut juste encore une fois s’entendre sur le contenu de la prise en charge thérapeutique. Nous entendons par prise en charge thérapeutique : de la psychomotricité (qui soit plus de la motricité que de la psy-), de l’ergothérapie, de la logopédie ou orthophonie (même si l’enfant ne parle pas….). Toutes ces disciplines se concentrant sur un travail au niveau vestibulaire et sensoriel sont essentielles pour nos enfants.

Nous sommes loin des accusations que les psychiatres-littéraires formulent en affirmant que les associations parentales pratiquent l’ « exclusive de l’éducatif », et que les experts en neurosciences pratiquent de l’ »imposture scientiste » - je cite (puisqu’ils affirment l’origine biologique de l’autisme). Ces propos sont graves.

 

Alors, en conclusion, les psychiatres-littéraires aussi croient -comme nous - que de nouvelles perspectives de travail peuvent naître grâce à la rencontre du monde de la psychiatrie et des neurosciences, entre le monde du « sujet » et celui des « molécules ». Mais c’est dans l’hypothèse de base que nous et eux divergeons complètement : pour nous l’autisme n’est pas une maladie psychique  et il est loin d’être réducteur, pour nous, de dire qu’elle a une origine biologique. Par conséquent, en travaillant avec nos enfants, il ne suffit pas d’attendre l’émergeance (très hypothétique) du désir, du « sujet », mais bel et bien, à travers une stimulation sensorielle et intellectuelle ciblée, de respecter leur PERSONNE dans LEUR fonctionnement.

 

Il faut être capable de poser un autre regard sur la différence et de s’interroger: et si c’était nous qui n’étions pas capable de « changer » face à elle, la différence  ?

Pourquoi toujours dire que ce sont les enfants différents qui ne veulent pas s’habituer à notre sens de la « norme », à notre conformisme ambiant ? Et si c’était le contraire ?  Et si c’était nous les automates de la pensée….

 

 

La différence interroge, interpelle et bouscule nos « croyances ». L’autisme, un handicap ? Et alors ? Cela ne limite en rien l’idée d’une évolution : la personne ne se limite pas à son handicap. L’autisme, une autre intelligence ? Peut-être ou peut-être pas… La recherche nous le dira (peut-être).

Ce qui est sûr c’est que pour la maman que je suis, et pour tant de parents que je connais, l’autisme de notre enfant nous oblige à changer de point de vue pour comprendre, à inventer de nouveaux mots pour expliquer, à écouter, à apprendre à écouter pour créer un/le lien. Et c’est dans ce lien que réside le vrai respect de l’autre dans sa différence. La nôtre pour eux, la leur pour nous.  Nous sommes loin, très loin, très très loin d’une quelconque forme de folie.

 

 

 

11:54 Publié dans Autisme - Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

@Beatrix

Les schizophrénies sont elles d'origine psychique ou biologique ?

Écrit par : CEDH | 10/01/2010

Pardon si vous l'avez déjà commenté, mais savez-vous qu'il existe une technique d'harmonisation des deux hémisphères du cerveau qui aide les personnes autistes?

Écrit par : NIN.À.MAH | 10/01/2010

Dans un autre domaine, celui des expertises médico-légales, je suis toujours surpris de la propension de voir les sujets définis et "mis en boîte", et de voir ensuite leur comportement décrit en détails selon les schémas inclus dans la définition. Toute définition comporte un risque évident d'abus et d'arrogance, et correspond à une forme de pensée autoritaire et non évolutive.

Écrit par : hommelibre | 10/01/2010

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