13/01/2010

Et si on ouvrait des classes "soleil" à Genève ?

A Neuilly, les écoliers autistes ont leur place dans la « classe soleil »



Dans l’école privée Saint Dominique de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), les six enfants autistes de la « classe soleil » progressent au quotidien, à l’aide du système de communication par échange d’images « Pecs » encouragé par l’éducation nationale

Dans la cour enneigée de l’école Saint-Dominique, les enfants de maternelle pataugent joyeusement dans la glace fondue à l’heure de la récréation. Parmi eux, certains se distinguent par leurs classeurs tenus en bandoulière au-dessus de leurs parkas par un ruban mauve, sur lesquels figure le sigle « Pecs ».

Ces écoliers autistes âgés de 3 à 4 ans ont adopté depuis la rentrée la méthode Pecs, basée sur l’échange d’images pour s’initier à la communication. Leur classe a été baptisée « soleil », parce qu’elle espère faire rayonner son expérience autour d’elle. Un peu à l’écart des autres sur le bitume blanchi, ces enfants atteints d’un autisme « moyen » connaissent des troubles de communication doublés de difficultés de socialisation.

« L’idée est qu’ils suivent un parcours de trois ans, afin qu’ils puissent ensuite intégrer une classe de CP ou de grande section, déclare Georges Angles, directeur du premier degré. En même temps, cette expérience entre bien dans la charte de l’établissement, qui entend donner une place aux plus fragiles. »

"Nous repérons ce dont ils ont envie grâce aux images"

Le retour animé des enfants dans le vaste vestibule attenant à leur salle de classe laisse entrevoir les bases de la méthode Pecs. Chaque enfant sort une image de chaussons de son classeur, la tend à la maîtresse ou à l’aide maternelle, avant de pouvoir troquer ses godillots mouillés.

« Comme les enfants autistes ont de réels problèmes de communication, nous leur apprenons à tout moment à préciser leur demande, explique Dominique Bravais, leur institutrice spécialisée. Nous repérons ce dont ils ont envie grâce aux images, sans quoi ce serait un peu la jungle… »

Dans la classe, toutes les caisses de matériel vertes et rouges sont en hauteur afin que les enfants ne se servent justement pas tout seuls. Accompagnés par quatre à six personnes, ils gardent en permanence leur classeur garni d’imagettes à portée de main, pour se faire comprendre et suivre les ateliers. Lors du goûter matinal, ils exhibent ainsi joyeusement leurs images de cracottes ou de biscuits.

Certains enfants commencent même à les organiser ensemble pour construire des phrases simples. Assise sur une chaise miniature à côté d’un pétillant petit garçon nommé Galaad, la maîtresse encourage dans ce sens l’enfant en parcourant un livre.

Eviter le repli

À chaque nouvelle page, elle lui demande : « Qu’est-ce que tu vois ? » L’écolier construit alors sa phrase – « Je vois un train rouge » – avec trois images : pour « Je vois », une paire d’yeux ; pour « un train », une locomotive ; et pour « rouge », la couleur rouge.

Les jeunes enfants recourent à ce mode de communication aussi bien à la maison qu’à l’école : les parents l’ont eux aussi adopté et en apprécient les effets positifs. « Cela nous demande à nous aussi un investissement personnel en temps et en énergie, mais c’est loin d’être une énergie perdue, car on mesure les progrès de Galaad tous les jours, s’enthousiasme Aurélie Chapel, maman du jeune garçon. Évidemment la route est encore longue, mais on sent qu’on a vraiment passé la seconde. Les effets sont immédiats : jusqu’alors, le seul moyen de s’exprimer de mon fils était de désigner un objet ou de crier, et désormais on voit les crises baisser. Galaad gagne en compréhension, répond mieux aux consignes et s’en trouve plus apaisé. » La stimulation perpétuelle des jeunes autistes à l’école, pour éviter le repli, renforce ces progrès.

Autre outil précieux, un « contrat visuel » accompagne chaque activité sous forme d’une petite fiche. Pendant l’atelier de travail où il colle des gommettes de différentes couleurs sur une grosse coccinelle, le jeune Eyram pose sur son « contrat » une petite image d’avion rouge. C’est l’un de ses jouets favoris. L’image signifie qu’il veut bien faire ce dur effort de concentration pour ensuite pouvoir s’amuser avec quelques instants.

"Il faut penser à chaque petit détail"

« N’importe quel autre enfant peut être motivé par le langage, et il sait que s’il ne fait pas son travail il sera privé de récréation ou puni, souligne Dominique Bravais. Avec eux, c’est impossible. On est donc obligé de “matérialiser” la motivation par l’image qu’ils vont choisir. » À la fin de l’activité, Eyram, les yeux brillants, saisit les deux ailes de l’avion sans cesser de chantonner.

« Avec ce système d’échange d’images, les enfants sont plus patients, même s’il faut les canaliser, constate Sophie Poirier, auxiliaire de vie scolaire (AVS). Le plus délicat, ce n’est pas d’apprendre la méthode, mais de la mettre en pratique à tout moment. Il faut penser à chaque petit détail, à tous les réflexes du quotidien. » Certaines images sont donc adaptées à l’univers propre de la classe soleil, à l’image des instruments de musique comme les castagnettes.

Quand midi approche, la petite troupe s’en va rejoindre les autres élèves de maternelle qui ont déjà dégainé fourchettes et cuillères dans la cantine. L’établissement cherche à obtenir que les jeunes autistes ne restent pas à part. Qu’ils puissent rencontrer d’autres élèves, même lycéens ou collégiens.

« Ici, dans ce monde très privilégié, de nombreux jeunes vont faire de grandes études et certains se retrouver aux manettes, observe Georges Angles. S’ils ont été touchés par le handicap, ils penseront peut-être à embaucher plus tard des personnes handicapées, du moins à y être plus attentifs. » Pendant ce temps, Timur assemble ses images à table, pour demander qu’on l’aide à finir son yaourt. Sans s’énerver.

Marilyne CHAUMONT

 

 

Source: http://www.la-croix.com/A-Neuilly-les-ecoliers-autistes-o...

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