19/02/2010

Une hormone pour améliorer la sociabilité

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Une expérience réalisée par des chercheurs français indique que l’ocytocine – connue sous le nom «d’hormone de l’amour» – favorise l’interaction sociale chez des personnes atteintes de certaines formes d’autisme

On la surnomme «hormone de l’amour», notamment pour sa capacité à renforcer les liens entre la mère et l’enfant ou entre deux partenaires sexuels. Mais l’ocytocine favorise aussi de manière générale la confiance en son prochain. Pour certains chercheurs, il s’agit ni plus ni moins de l’hormone de la cohésion sociale, celle qui permet aux gens d’interagir entre eux.

Elle fait justement défaut aux personnes atteintes d’autisme. Une équipe de chercheurs français, qui publiait ses travaux lundi dans Proceedings of the National Academy of Sciences, a réalisé une expérience de jeu de balle avec des patients, après leur avoir donné une dose d’ocytocine. L’amélioration de leur capacité à interagir avec les autres laisse entrevoir le potentiel thérapeutique de l’hormone pour traiter les troubles du comportement social.

L’ocytocine est synthétisée par l’hypophyse, une glande située à la base du cerveau. «Elle est secrétée en particulier pendant l’accouchement», relève une des auteurs de l’étude, Angela Sirigu, du Centre de neurosciences cognitives de Lyon. L’hormone accélère le travail en provocant des contractions. Elle favorise l’éjection du lait pendant l’allaitement. Par ailleurs, des études suggèrent qu’elle intensifie non seulement le lien entre la mère et l’enfant, mais aussi entre le père et l’enfant.

La sécrétion de l’hormone connaît également un pic pendant l’orgasme et il semble qu’elle soit impliquée dans l’attachement entre les deux partenaires. Chez les campagnols en tout cas, elle favorise la stabilité de couples monogames durables. Une journaliste de l’hebdomadaire New Scientist rapportait la semaine dernière qu’elle-même et son fiancé, ainsi qu’une partie de leurs invités, ont mesuré leur taux d’ocytocine, juste avant et après leur cérémonie de mariage. Résultat: une nette augmentation chez les mariés et leurs parents proches, la mariée et sa mère en tête. Dans le registre empathique, la sécrétion croît aussi chez les personnes qui regardent un film triste. Une équipe d’économistes, de psychologues et de neuroscientifiques de l’Université de Zurich a montré en 2005 qu’au cours de jeux d’investissements financiers, l’hormone encourage les gens à faire confiance et les rend plus généreux. L’année dernière, d’autres chercheurs zurichois signalaient qu’elle améliorait également la reconnaissance des visages connus. «C’est un aspect crucial des interactions humaines», indique Peter Klaver, l’un des auteurs.

Il semble que l’ocytocine agisse notamment comme antidote au stress et à la peur. «Elle réduit l’activité de l’amygdale, une partie du cerveau impliquée dans la peur», précise Angela Sirigu.

En 1998, des scientifiques ont remarqué que les personnes souffrant de troubles autistiques ont un taux d’ocytocine particulièrement bas. Depuis, il a été observé que l’injection d’une dose de l’hormone améliore la reconnaissance d’intonations colériques ou joyeuses dans la voix chez ces patients – chose qu’ils ont normalement de la peine à distinguer – pendant deux semaines.

«L’hormone favorise le rapprochement social, il est donc logique de la tester auprès de ces personnes qui évitent les contacts», commente Angela Sirigu. Pour leur expérience, les chercheurs français ont fait appel à une vingtaine de volontaires atteints d’autisme de haut niveau ou de syndrome d’Asperger. «Dans ces deux formes d’autisme, les malades ont des aptitudes intellectuelles et linguistiques normales mais n’arrivent pas à s’engager spontanément dans des situations sociales», expliquent-ils.

Les participants devaient lancer une balle à trois personnes différentes. La première la leur renvoyait systématiquement, la deuxième jamais, et la troisième aléatoirement. Ceux qui étaient sous placebo lançaient la balle aux autres joueurs sans faire de distinction. Ceux qui avaient pris une dose d’hormones par spray nasal, en revanche, renvoyaient la balle au plus coopérant.

Les participants sous ocytocine faisaient en outre preuve d’une meilleure capacité à reconnaître des photos de visages. Plutôt que de regarder la bouche ou en dehors de l’image, comme ceux qui avaient reçu un placebo, ils avaient un degré d’attention plus élevé aux stimuli faciaux, comme les yeux.

«L’ocytocine déclenche l’interaction sociale ainsi que la compréhension de cette interaction», souligne Angela Sirigu. Il se peut aussi, estime-t-elle, que ces capacités soient latentes chez les personnes atteintes d’autisme mais qu’elles ne les emploient pas. L’ocytocine abaisserait suffisamment leur niveau de stress – ou augmenterait leur niveau de confiance, c’est selon – pour qu’elles se décident à utiliser ces facultés.

 

Afin de mieux explorer le potentiel thérapeutique de «l’hormone de l’amour», les chercheurs français comptent maintenant étudier son action à long terme sur les patients autistes ainsi qu’à un stade précoce de la maladie. Certains spécialistes imaginent, en effet, que l’ocytocine pourrait être plus efficace chez les enfants, au moment de l’apprentissage des relations sociales.

L’hormone est déjà vendue sur prescription: sous la forme d’ampoule pour stimuler l’accouchement ou de spray nasal pour faciliter l’allaitement. Le journaliste scientifique Christophe Ungar a testé ce dernier produit pour les besoins d’une chronique sur la RSR. «J’ai ressenti une légère sensation de bien-être, comme après un massage, raconte-t-il. Mais je ne pourrais pas dire s’il s’agit d’un effet placebo ou pas.» On trouve en outre sur internet de la «confiance en bouteille» à base d’ocytocine, à porter comme un parfum. Elle est destinée aux célibataires, aux vendeurs et à toute personne souhaitant se mettre un maximum de gens dans la poche. Mais les scientifiques sont assez sceptiques sur les effets réels de ces potions magiques.

Des chercheurs israéliens ont par ailleurs montré que l’ocytocine n’a pas que des effets positifs. Au cours d’expériences basées sur des jeux d’argent, elle a rendu les cobayes plus susceptibles de pavoiser après la victoire, ou plus envieux en cas de défaite. Selon les chercheurs, il se peut que l’hormone rende plus sensible aux signaux sociaux, qu’ils soient bons ou mauvais.

 

Source: http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e49194f2-1a70-11df-809e-8...

06:21 Publié dans Autisme - recherches (médicales) | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Une critique sur le sujet par Michelle Dawson. Faut-il un remède contre l'altruisme ?
http://autismcrisis.blogspot.com/2010/02/oxytocin-versus-autism-cure-for.html

Traduction en français
http://forum.asperansa.org/viewtopic.php?p=27547#p27547

Écrit par : Jean29 | 20/02/2010

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