15/05/2010

Alors on ouvre le débat?

Voici une conférence (Comment gérer le diagnostic d'un TED et de l'autisme selon l'âge ?) qui il y a déjà 4 ans mettait au clair les points du débat (qui n'a pas encore eu lieu de manière publique en Romandie):

1/ Il faut se détacher d'une approche exclusivement psy. pour les enfants ayant un TED et donc de leur vision psychodynamique de la prise en charge

2/Il est indispensable de poser un diagnostic précoce et donc d'assurer une prise en charge précoce (prise en charge non exclusivement psychodynamique)

3/ Il est impératif d'inclure et non d'exlure les parents (ce qui est le cas dans l'approche psy.) dans le processus d'accompagnement. Il faut bien s'entendre, inclure les parents = informer et  former les parents aux outils qui permettent de comprendre la manière de réfléchir de l'enfant afin qu'ils puissent participer à son développement cognitivo-relationnel et donc comportemental. Dans l'approche psy. inclure les parents (c'est ce que vous entendrez de leur part) signifie qu'on les convoque une fois par mois pour leur demander si tout va bien dans leur couple et, malheureusement, je caricature à peine :-( 

4/ Il est nécessaire de trouver des solutions adaptées, entendez un accompagnement spécifique = approche cognitivo-comportementale (je le précise à chaque fois parce que vous entendrez de la part des psy. -que eux aussi- préconisent une approche spécifique.... le seul problème c'est qu'ils appliquent cette approche dite spécifique (psychodynamique) depuis 40 ans et qu'on attend encore de voir les résultats.... aucune étude scientifique à la clé.... et comment cela serait-il possible puisque de leur propre aveux ils n'annoncent aucun diagnostic précis avant l'âge de 6/7 ans lorsque les "choses sont très claires"!

Pourquoi cela ? Les psy parlent encore aujourd'hui pour la majorité des "TED non spécifiques" (dénomination officielle du DSM IV) de "traits autistiques" ne faisant ainsi aucune différence, ne distinguant pas entre une origine psychopathologique et une origine neurodéveloppementale. Un enfant peut développer des "traits autistiques" parce qu'il a été victime d'un choc ou d'une violence émotionnelles (décès brutal d'un parent, accident, abus sexuels, etc...) . Un enfant ayant un TED, y compris un TED  "non spécifique",  est né  ainsi. Il est porteur d'un handicap grave et sévère, et ce pour la vie durant.

Le problème c'est  d'être incapable en tant que médecin -par manque de formation, je n'ose imaginer par mouvance idéologique - de distinguer  les deux problèmes qui sont pourtant bien distincts: d'une part un enfant né avec un handicap aussi grave que celui d'un TED (et pour lesquel je rappelle il existe des outils de diagnostic très performents) et d'autre part en enfant en souffrance psychologique, pour des raisons contextuelles.

Malheureusement à cause de cette réelle incapacité -traduisez  incompétence-   les psys, dans la majorité des cas, décident de n'annoncer aucun diagnostic. C'est ABSURDE !!!!

Aujourd'hui, cet état de faits doit ABSOLUMENT changer, parce qu'il est inacceptable que des médecins et/ou des psychologues qui travaillent dans des services publics ne soient pas informés et  formés à distinguer les deux situations. Tous les enfants, dans l'un ou l'autre contexte, ont, bien sûr, besoin d'une intervention, mais -vous en conviendrez, à moins que vous ne soyez fâchés avec la logique et le bon sens, que la nature de cette intervention et le rôle de la famille dans cette dernière ne sera ni de la même nature ni de la même portée.

C'est également ce que cette vidéo, datée d'il y a 4 ans, disait déjà...

5/ Cette vidéo dénonce également le manque de moyens, le manque de ressources autant humaines (ayant une formation spécifique) que matérielles (crèches, lieux d'accueil spécialisés, classes spécialisées en autisme dans des écoles publiques, etc.). Ces manques sont  également ceux  actuels à Genève et en Romandie en général.

Bref, il y a encore beaucoup de travail et il faudra, certes, dégager de nouveaux moyens (le retard est tel qu'on ne pourra pas faire autrement) mais aussi peut-être tout simplement déplacer les moyens déjà octroyés -actuellement ailleurs. Pourquoi plutôt ne pas les attribuer à ceux qui défendent une reconnaissance de la spécificité de la prise en charge, la nécessité d'une formation spécifique,  la nécessité d'infrastructures spécialisées (mais vraiment spécialisées) en autisme, etc... ? C'est une moyen très efficace de préserver et de bien utiliser les fonds publics.

Quand ouvrira-t-on ce  débat à la place de s'engoncer dans les faux débats, entretenus, peut-être, par ceux qui ont intérêt à noyer le poisson, par ceux qui ne distinguent pas un enfant TED d'un enfant psychologiquement atteint, faux débats  qui n'ont, en réalité, de but que la préservation des intérêts d'une minorité, mais malheureusement, fort malheureusement, au détriment de la SANTE de nos enfants.  

Alors, on ouvre le débat ?

 

 

Intervention du professeur C. Wetzburger, neuropédiatre de l'UCL, Louvain, Belgique, dans le cadre de la journée consacrée à l'autisme, organisée par le Groupement Belge des Pédiatres de langue Française (GBPF). Cherleroi, Belgique, 22 avril 2006.

 

 

08:15 Publié dans Autisme - alors ça bouge ou pas ? | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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