01/07/2010

L’amour c’est comme comprendre le sens d’un chant

Il y a des parcours de vie un peu plus complexes que d’autres. Celui de mon enfant aîné  est semé d’embûches. Il n’est pas simple d’être un enfant autiste aujourd’hui, hier je ne sais pas, sans doute encore moins.

 

Gabriel pense.

 

« Il n’est pas simple de regarder toutes ses lèvres bouger sans donner du sens à ces sons qui en émanent, ni évident de comprendre que ce geste a tel sens ici, un autre là-bas et peut-être aucun ailleurs. Il n’est pas simple de comprendre que si on est dans la lune ce n’est pas qu’on y est vraiment, ni que maman me coupera la main avec une cisaille si je la lui donne pour traverser la route. Il n’est pas simple de comprendre. Et sans comprendre, n’est-il pas mieux d’être dans ma bulle ? Là au moins je comprends. »

 

Gabriel a toujours pensé. Il ne savait juste pas que ces sons qui émanaient de ces mille lèvres pouvaient servir à dire ce qu’on pensait. Aujourd’hui il le sait. On le lui a appris. On lui a appris que les mots (ces sons en effet ont un sens, ce sont des mots) servent à dire ce qu’on pense. Alors, il dit ce qu’il pense.

 

Et le bougre, il pense franchement bien. Sa pensée n’est jamais fausse, elle est déconcertante parfois, pour nous, mais jamais inexacte. L’autre jour on travaillait sur la notion de petit/grand/moyen -un peu pour faire passer le temps- et tout en lui parlant je regardais la télévision (cela m’arrive si rarement) et il me dit « Maman, « petit » ça veut dire « nain » ? Je lui explique, en somme j’essaie de lui expliquer la subtile différence : « Un nain est une petite personne ». Il regarde la télévision et me dit « Sarkozy c’est un nain ».

 

Le bougre ! Franchement bien.

 

Je lui ai quand même précisé qu’il y avait des personnes encore plus petites que Sarkozy et qu’on pouvait dire de lui qu’il était de petite taille, mais pas un nain.

 

Je ne suis pas sûre qu’il ait bien saisi la différence. J’espère rencontrer un jour en même temps Sarkosy et un nain, ce sera comme ça plus concret pour mon enfant… là il comprendra la différence à coup sûr… si vous avez des tuyaux pour une telle rencontre, évidemment fortuite, n’hésitez pas à me le dire…  C’est pour la bonne cause.

 

Ah ces pensées concrètes ! Elles nous en font faire des péripéties pour matérialiser la compréhension… Et il nous en faut de l’imagination pour atteindre cette fin ! Et l’atteindre, cette fin, est nécessaire : si Sarkozy peut bien, au moins pendant un certain temps, rester un nain dans la tête de mon enfant, il est plus difficile d’accepter qu’à vie mon enfant ne comprenne pas le sens de l’amour que je lui porte. Une mère ne renonce jamais. Jamais. Et, l’amour s’exprime de mille manières, il a mille facettes. Je lui apprendrai ces mille manières et même une de plus s’il le faut et les mille facettes ne me font pas peur. Et je lui dirai que ce n’est parce qu'il y en a mille que mon amour est différent. Il est unique.

 

Je lui dirai que comprendre l’amour c’est comme comprendre le sens d’un chant. Vous savez ces sons qui sont aussi des mots et que l’on fredonne.

 

Je me rappelle encore comme si c’était hier, oh ce n’est pas si lointain non plus, quatre ans à peine, lorsque assis en face de moi je tenais les mains de mon enfant et essayais à grande peine de lui apprendre ne serait-ce que les premiers sons de ce sacré « Frère Jacques ». La tâche était si rude que  j’en avais le soir les larmes aux yeux et personne pour les sécher. Je recommençais pourtant le lendemain et le suivant aussi.

 

Je me rappelle comment assis au milieu des autres enfants, son professeur de musique, s’en démordre d’un iota apprenait à mon enfant d’abord à être là, puis à écouter, ensuite à jouer, enfin à être là avec les autres en jouant.  Il a fallu 4 ans. Cela paraît long, mais que sont quatre ans dans la vie d’un jeune enfant, pour comprendre le sens d’un chant ?

 

C’est avec plaisir que je partage avec vous, avant une petite pause estivale, tout le sens que revêt pour moi ces notes plus que fredonnées. Elles sont l’expression même qu’avec un travail assidu et soutenu, les sons sont devenus -aussi pour mon enfant - un chant.

 

 le chat orange par Gabriel.mp3

 

 

C’est beau, n’est-ce pas ? Je lui dirai alors que l’amour c’est comme comprendre le sens d’un chant.

 

 

Je souhaite à tous mes lecteurs un excellent été.

 

Marie-Jeanne

 

Ps : merci à M. Marc Fredon, professeur de musique de Gabriel pendant 4 ans (Bulle d’air) qui a enregistré ce morceau, fruit de son talent et de son magnifique travail avec mon enfant.

23:10 Publié dans Autisme - mon fils | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | Pin it! |