08/09/2010

Politique d'intégration: question de vocabulaire

Il y a une très belle volonté politique de favoriser l'intégration des enfants dits différents dans les milieux dits ordinaires. C'est un changement de paradigme important dans la manière de concevoir la différence.

enfant_different23.jpgEt comme à chaque changement de paradigme, il faut se méfier de la forme. La forme n'est pas le contenu. Il faut se méfier des généralités. Les généralités noient les singularités.

Par exemple, dans les papiers officiels, le mot même "différence" est évité au profit du terme "enfants à besoins spécifiques". Qui ne serait pas d'accord sur le fait qu'un enfant différent a des besoins spécifiques ? Oui, mais quels besoins ?

Paroles d'enfant.

Ma différence est-elle la même que la tienne ? Si je suis malentendant, ai-je les mêmes besoins que toi qui es autiste ? ET si je n'ai pas de handicap, mais je suis mal dans ma peau, parce que papa est parti de la maison, n'ai-je pas aussi des besoins spécifiques ?

Parole d'adulte.

Spécifique est une chose, singularité en est une autre. La différence est singulière, mais plurielle. Les besoins spécifiques sont de tous.

Ce petit exercice de vocabulaire n'aurait sans doute pas un grand intérêt si -derrière lui- il n'y avait pas des implications et des applications politiques possibles.

Une politique d'intégration pour "des personnes à besoins spécifiques" est honorable, mais bien trop généraliste et au final décevante (au niveau du contenu non de la forme). Elle ne tient pas compte des singularités.

La singularité ne devrait-elle pas être le fer de lance d'une politique d'intégration ? Ou croit-on encore qu'une personne avec autisme, par exemple, "souffre" du même mal qu'un enfant qui a perdu tragiquement ses parents dans un accident ? Dans les deux situations, il y a des besoins spécifiques, mais ce sont des dimensions singulières, c'est-à-dire radicalement différentes.

Là où le vocable "différence" particularise et oblige à penser "singulier", l'expression "besoins spécifiques" -qui a été préférée par les politiques -noie, paradoxalement, la spécificité.

Ne vous y trompez pas: dire "besoins spécifiques" ne signifie pas "spécificité". La spécificité singularise, alors que "besoins spécifiques" devient une catégorie générale où l'on « classe » des enfants dont la nature des problèmes est souvent radicalement différente...

 

Vous voyez, qu'au final, ce petit exercice de vocabulaire traduit un enjeu, y compris politique, d'importance : il faut non pas UNE, mais DES politiques d'intégration.

Penser, en somme, pluriel pour singulariser.

Penser différences pour spécifier.

Penser que derrière les mots, il y a des réalités et que c'est précisément pour cela qu'il faut éviter les généralités.

 

 

Si vous êtes à Genève aujourd'hui: ne manquez pas le congrès européen sur l'intégration.... en particulier l'intervention de Mme Pilar Blanco, "Communiquer avec les personnes adultes autistes".

Infos: http://www.autisme-ge.ch/wp-content/uploads/2010/05/EPI_C...

Website: http://www.epi.ge.ch/index.php?option=com_content&vie...

06:28 Publié dans Autisme - politique | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

L’auteur de l’article cite l’Association JeTED’uque pour illustrer son propos : il utilise le Logo de Je TED’uque. Il n'y a pas de lien internet, pas d'interview, et à ma connaissance, pas autorisation:

Si la sémantique évolue, comme le souligne l'article,peut être que certaines habitudes sociales perdurent, au risque de discréditer un article par ailleurs fort pertinent dans sa réflexion et son questionnement:

cela est symptomatique des relations publiques dans le monde de l’autisme où les parents et les associations ne sont pas respectées au même titre que les professionnels.
L’Association n’existe plus, mais le journaliste ne le sait pas.
Si non pourquoi l'afficher ? A quel dessein ?
Il passe à côté du problème politique qu’il pose lui-même : les politiques d’intégration au pluriel sont absentes par défaut des implications des autorités.
Pourquoi ? Par abandon, par négligence, ou… par absence de priorité, pour employer une formule sémantique correcte.

Qui prend les problèmes à bras le corps ? Les associations, c'est-à-dire certains parents, comme à Je TED’uque.

Des parents deviennent des spécialistes des informations ciblées sur les stratégies éducatives pertinentes pour les enfants différents.
Ils constituent une association pour partager leurs informations et parviennent ainsi à aider des centaines de familles.
Aujourd’hui, c’est fini: une association est fragile, puisque tout repose sur quelques parents volontaires, tout repose sur leur moyens.

Un gouvernement, lui, pourrait pérenniser ce type de service indispensables.
Aujourd'hui, l'immense majorité qualitative et quantitative des informations utiles, pratiques, valides, et opérationnelles, sont détenues par les parents et les associations. Elles sont égalment connues et surtout maîtrisées par peu de professionnels.

Force m’est de constater que les Etats s’inspirent dans leur recommandations, des conclusions des associations nationales et internationales avec un certain nombre d’années de retard.

Écrit par : Bousquet | 21/09/2010

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