10/10/2010

L'amour, pour lui, a la dimension d'une étreinte

Gabriel a appris à regarder, en somme je veux dire : il a compris que regarder était important pour nous alors il regarde. Gabriel a appris à dire quand il avait faim, en somme je veux dire : il a compris que le dire était important pour nous alors il le dit. Gabriel a appris à dire quand il était triste, en somme je veux dire : il a compris que le manifester était important pour nous alors il le manifeste.

 

Quand il regarde, je le regarde.

 

Quand il a faim, je lui prépare à manger.

 

Quand il est triste, je le console.

 

 

Gabriel a appris à communiquer, en somme je veux dire : il a un peu compris la manière dont nous nous communiquions, alors il s’efforce de communiquer comme nous aimerions qu’il communique.

 

Gabriel est décidément un garçon formidable. Vous ne trouvez pas ?

 

Je dois maintenant lui apprendre le sens du silence, en somme je veux dire de toutes les formes de silences qui existent. Ce n’est pas une évidence. Le silence n’est jamais le même, même si le mot est le même. Le silence après un « je t’aime » n’est pas le même que celui qu’un décès sème. Et puis il y a le silence des gens qui prient, celui de ceux qui doucement pleurent, celui de ceux qui simplement dorment, celui encore que laissent les gens qui partent  dans le cœur de ceux qui restent. Il y a des silences en somme.  

 

 

Il est difficile de lui apprendre le sens du silence après lui avoir enseigné le sens de l’amour, en somme on se comprend maintenant lorsque je dis enseigner "le sens de… "  Ce n’est pas qu’il n’avait pas le sens de l’amour, il avait juste une autre manière de le dire et je lui ai simplement appris la manière dont nous, très habitudinaires, comprenions le sens des choses, y compris celui de l’amour.

Je lui ai donc appris que lorsqu’on étreignait quelqu’un très fort dans ses bras, cela voulait dire qu’on l’aimait très fort. C’était cela aimer. Pour lui, c’était du concret. Il comprenait ce que je lui disais. Croyez-moi ou pas  mais depuis que je lui ai appris ainsi à aimer, il n’y a pas un jour où mon garçon ne m’étreigne en disant « je t’aime » et la seule chose que je ne craigne c’est que cela puisse un jour s’arrêter.  Il est formidable mon garçon, vous ne trouvez pas ?

 

Mais l’autre jour, j’ai pleuré, en silence (cela s’entend), j’ai pleuré lorsqu’il m’a dit : « Maman je n’aimerai plus papa », stupéfaite je lui ai demandé « Pourquoi ? ». Il m'a répondu:  « Je ne pourrai plus le serrer dans mes bras».

 

C’est ainsi qu’il a compris le départ définitif de son père de Genève.

 

Il me reste à lui apprendre que le silence va de pair avec l’absence, mais je ne suis pas sûre de pouvoir le convaincre que l’absence aille de pair avec l’amour. Pour un enfant, le mien comme n'importe quel enfant du monde entier, l’amour ressemble à une étreinte, à la différence -peut-être- , que pour un enfant autiste il ne peut être autre qu'une étreinte. C'est le lien qu'il a appris sans contraintes.

 

12:20 Publié dans Autisme - mon fils | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Merci pour cette très belle et sensible leçon de choses, Marie-Jeanne.

Écrit par : hommelibre | 10/10/2010

Qu'ils sont beaux vos mots. Leur justesse et leur précision me touchent, me parlent.Qu'il est agréable de trouver de si belles choses qui savent parler d'un quotidien que je partage avec vous. C'est ce genre de textes, je crois, qui peuvent aider ceux qui ne savent pas à comprendre. Et même, peut être, les aider à savoir aimer ceux que l'on aime déjà ...
Bien à vous,
Delphine

Écrit par : delphine | 21/11/2010

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