10/12/2010

Les résonances de l’autisme chez les enseignants

La prise en charge pédagogique des enfants présentant des traits autistiques n’est pas sans incidence sur le ressenti et sur les pratiques professionnelles des enseignants. Il est attendu que la quasi absence des diverses formes habituelles de communication et la répétition des échecs provoquent de l’incompréhension, de la souffrance, de la solitude ainsi qu’une profonde et permanente remise en cause de soi. L’absence de signes positifs immédiats à diverses sollicitations orales ou corporelles est difficile à accepter. A contrario, les comportements sur-réactifs inexpliqués, quoique déstabilisants, renvoient à une réalité psychique complexe dont il faut se prévenir de toute interprétation hâtive.

Ces résonances peuvent conduire l’enseignant soit à abandonner tout objectif d’apprentissage soit à centrer sa pédagogie sur cet élève qui le questionne, l’étonne, le surprend tout en le fragilisant et en l’inquiétant. Cet abandon ou ce surinvestissement octroient un statut particulier à l’élève qui s’isole progressivement plus encore du groupe classe. Les principes d’action pédagogique ci-après sont de nature à limiter cet effet non désiré.

Les grands principes pédagogiques :

La présence d’élèves porteurs d’autisme en classe oblige à adapter son enseignement : aménager le cadre, modifier sensiblement sa pratique. Cette adaptation repose sur l’application des deux principes décrits ci-dessous. La liste d’attitudes proposées n’est pas exhaustive, ce ne sont que des tentatives de réponses qu’il conviendra de faire coexister avec la problématique personnelle et spécifique de l’enfant accueilli en classe.

Premier principe : observer, échanger

Par l’observation et l’échange avec les différents partenaires (parents, soignants, éducateurs, AVS),l’enseignant comprendra qu’un enfant porteur d’autisme peut facilement être déstabilisé.

Par l’environnement

- Les excès de bruit (sonneries, résonance des

locaux, cris dans les couloirs, discussions animées),

de lumière (certains éclairages violents, luminosité

extérieure vive).

- Tous les changements : de place, de salle, de

matériel (déplacement ou suppression d’un

affichage, perte ou disparition d’un outil), de

personnes (enseignants, intervenants, AVS,

ATSEM), d’horaires, d’habitudes.

Tous ces points relevant du cadre de l’enseignement

parasitent l’enfant dans la réalisation de la tâche

pédagogique, ils peuvent même parfois faire

obstacle à l’entrée dans la tâche.

Par la tâche pédagogique

- Les discours collectifs longs.

- Les consignes multiples.

- Les commentaires, annotations, appréciations

ambiguës (« Tu écris comme un cochon ! »).

- Les contrôles, le système de notation.

- Le différé de la réponse de l’enseignant à une

question de l’enfant.

- La durée de l’activité.

- Les modalités et les types d’activités.

Deuxième principe : aménager le contexte, adapter sa pratique

Persuadé que la scolarisation peut apporter beaucoup à cet enfant, l’enseignant recherchera des attitudes, des gestes et des aides adaptés pour rendre le cadre sécurisant et la tâche pédagogique accessible.

Sécuriser le cadre

Anticiper sur les facteurs d’angoisse :

- prévenir l’enfant que la sonnerie va retentir

verbalement et / ou avec une image-mot.

- annoncer le programme de la demi-journée (temps

et lieux) et l’écrire au tableau ; au besoin le doubler

« d’images qui parlent » à distribuer à l’enfant au

moment opportun (exemple : après le travail de

groupe, l’enseignant donne à l’enfant une carte

image-mot « ordinateur » ou « jeu »).

- fonctionner de manière ritualisée (c'est-à-dire avec

des habitudes de fonctionnement) sans tomber dans

l’exagération.

- éviter le plus possible d’élever la voix en présence

de cet enfant.

- aménager un emploi du temps régulier avec les

partenaires.

- aménager l’espace de manière à ce que l’enfant y

ait une place attitrée.

- prévoir en équipe un lieu d’apaisement en cas de

mal-être installé.

Rendre accessible la tâche pédagogique

- se montrer rassurant et sûr de soi en expliquant

tout ce qui doit être fait : éviter l’implicite.

- décomposer la tâche de manière à que l’enfant

n’ait qu’un seul objectif à remplir à la fois et

valider chaque étape = planifier l’action et

maîtriser son exécution. La fin et la réussite du

travail doivent être identifiables et identifiées.

- distribuer les exercices un à un : l’enseignant les

découpe et les colle au fur et à mesure qu’il lui

propose dans son cahier (angoisse de la feuille

volante pour certains).

- simplifier le discours (une tâche totalement

explicitée à la fois) et l’étayer le plus possible de

supports visuels (exemple : je dis une syllabe = je

colle une gommette).

- recourir au procédé de l’imitation dans certaines

activités (« fais comme moi ») mais verbaliser en

même temps.

- coller les aides cognitives indispensables sur sa

table.

- essayer de répondre immédiatement à une

demande de cet enfant au risque qu’elle ne fasse

obstacle à l’apprentissage.

- lui proposer des activités de manipulation pour

les mathématiques. En cas de blocage, essayer de

lui proposer sa main (l’enfant autiste indique

parfois ses besoins en utilisant la main de

l’adulte) mais signaler ce blocage à l’équipe

soignante.

Par ailleurs, l’enseignant aura comme objectif permanent de développer l’autonomie sans augmenter l’insécurité : les aides apportées seront donc retirées une à une de manière planifiée, des responsabilités favorisant le contact social (distribuer les cahiers en disant le nom de l’élève) lui seront confiées quotidiennement et graduellement. L’enfant devra gagner en estime de soi, il conviendra de valoriser les compétences particulières (dessin, musique) pour lui-même et auprès des autres. Enfin, il est indispensable de repérer les signes de rupture de l’attention et prévoir un étayage souvent d’ordre affectif (présence de l’adulte) et de signaler les difficultés ponctuelles aux différents partenaires.

 

 

Source: http://pedagogie21.ac-dijon.fr/sites/pedagogie21.ac-dijon.fr/IMG/pdf/scolariser_un_enfant_autiste.pdf

04:03 Publié dans Autisme - école - inclusion | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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