03/03/2011

Le défi de l'OMP à Genève: Intégrer des enfants atteints d’autisme dans le cursus scolaire standard

Intégrer des enfants atteints d’autisme dans le cursus scolaire standard.

Tel est le défi des structures spécialisées en autisme de l’Office médico-pédagogique de Genève (OMP), qui se sont déployées ces trois dernières années, à travers un réseau de compétences cliniques et de pédagogie spécialisée, allant de la prise en charge de très jeunes enfants à celle d’adolescents. Exercice intense et difficile – des centaines d’heures d’intervention auprès des enfants et de leur famille – mais qui confirme les énormes progrès réalisés dans la compréhension de cette maladie, grâce notamment aux recherches de ces dix dernières années en neurosciences.

Malentendus sur les causes

Le professeur de la Faculté de médecine Stephan Eliez, directeur général de l’OMP, et la Dre Hilary Wood, responsable du Centre d’intervention précoce en autisme présenteront la genèse et les enseignements de ces travaux, lors de la table ronde inaugurale de la Semaine du cerveau, le
lundi 14 mars.

 

Plutôt que de répondre aux appels de sa mère, un enfant poursuit son chemin en fixant son attention sur un détail du paysage. Il éprouve des difficultés à verbaliser et à communiquer avec son entourage. Il fait preuve d’intérêts restreints et semble prédisposé à des conduites répétitives… Les symptômes de l’autisme sont connus des psychologues et des pédiatres depuis les années 1950. Mais différents malentendus sur les causes de la maladie ont longtemps entravé la prise en charge des patients. Dans les années 1960-70, des psychologues ont ainsi émis l’hypothèse selon laquelle l’autisme serait dû à des déficits précoces d’attachement entre l’enfant et sa mère. Une hypothèse aujourd’hui réfutée, mais qui a longtemps marqué – négativement – la perception de la maladie.


Les recherches en neurosciences et en biologie génétique apportent aujourd’hui un tout autre éclairage sur les causes de l’autisme et les possibilités de traitement. Les scientifiques ont introduit la notion de continuum dans le diagnostic de la maladie et parlent, de plus en plus souvent, de «trouble du spectre autistique», pour désigner de manière beaucoup plus fine qu’auparavant les différents troubles liés à l’autisme, avec, à la clé, la possibilité d’avoir des traitements beaucoup plus ciblés. Trois types de facteurs sont désormais mis en évidence pour expliquer le développement de la maladie, à commencer par les facteurs génétiques.


«Les premiers résultats dans ce domaine ont toutefois été déroutants, relève Stephan Eliez. Au lieu de trouver cinq ou six gènes responsables de l’autisme, on s’est aperçu qu’il y en a probablement plus d’une centaine qui sont impliqués, ce qui suggère une grande hétérogénéité génétique causale. Les recherches ont également permis d’identifier des facteurs auto-immuns: des anticorps générés par la mère durant la grossesse, pour des raisons encore mal connues, pouvant affecter l’organisation du cerveau de l’enfant. Enfin, la prématurité peut aussi jouer un rôle, avec, en cas d’accouchement avant la 28e semaine, des risques élevés de développer un trouble du spectre autistique. Deux principaux enseignements ont été retenus de ces travaux, avec des conséquences capitales pour les modes de traitement de l’autisme.
En effet, ces différents facteurs ont en commun de modifier le développement du cerveau de l’enfant, en privilégiant excessivement certains types de connexions cérébrales.
«On assiste à une sorte d’hyper connectivité locale, aux dépens d’une organisation plus large, plus optimum pour le traitement de l’information de nature sociale», indique Stephan Eliez. Ce qui a pour conséquences une modification de certaines compétences cognitives. Typiquement, ces différences se manifestent dans la manière de traiter les informations du visage: difficultés à capter le regard, à lire les émotions du visage d’autrui, etc.

 

prise en charge dès 12 mois

 

Par ailleurs, les chercheurs se sont aperçus que ces modifications cérébrales interviennent de manière très intense durant les quatre premières années de la vie. D’où l’importance d’agir très tôt. Le Centre d’intervention précoce en autisme, un projet pilote en Suisse, accueille ainsi des enfants dès 12 mois, parce que les patients se trouvent alors dans la meilleure configuration pour un travail thérapeutique susceptible de freiner ou de s’opposer au développement de l’autisme.

"A 2 ans, un enfant présentant des symptômes a déjà accumulé un retard important, constate Hilary Wood. Mais même dans ce cas, le retard peut être comblé, du moins partiellement. Intégrer des enfants atteints d’autisme dans le cursus scolaire standard."

Tel est le défi des structures spécialisées en autisme de l’Office médico-pédagogique de Genève (OMP), qui se sont déployées ces trois dernières années, à travers un réseau de compétences cliniques et de pédagogie spécialisée, allant de la prise en charge de très jeunes enfants à celle d’adolescents. Exercice intense et difficile – des centaines d’heures d’intervention auprès des enfants et de leur famille – mais qui confirme les énormes progrès réalisés dans la compréhension de cette maladie, grâce notamment aux recherches de ces dix dernières années en neurosciences.

Pas question en effet pour l’heure de songer à guérir les patients atteints d’autisme, de revenir en arrière pour réparer les gènes déficients.

En revanche, les interventions permettent d’améliorer considérablement l’autonomie des patients, de même que leur capacité à apprendre des comportements sociaux, acquis intuitivement par les autres individus. Jusqu’à parvenir à intégrer un cursus scolaire standard.

Pour parvenir à ces résultats, les thérapeutes cherchent à refocaliser l’attention sur les aspects liés à la communication sociale. «Nous faisons des jeux où l’interaction avec les autres est valorisée au maximum, explique Hilary Wood. C’est un travail intense, avec une forte implication des parents. Mais l’expérience a montré que c’est payant, non seulement pour les patients, mais aussi pour leurs familles, qui nous disent retrouver une vie normale et, au final, pour l’ensemble de la société, car ces personnes seront plus, voire complètement autonomes, pleinement en mesure d’assumer leurs responsabilités dans la collectivité.»

 Source: Le Journal de l'UNIGE, numéro 44. page 3 . Ici en *pdf

 

 

Semaine du cerveau: infos !

Hilary Wood présentera par ailleurs le Centre d’intervention précoce en autisme lors de l'AG de l'association TED-autisme Genève, AG prévue le 15 mars prochain!  Infos: www.autisme-ge.ch

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