14/09/2011

Suite à la publication de l’article « L’autisme, ce « cercueil fermé », « Le Courrier », 14 septembre 2011.

 Il faut avoir une certaine forme de courage pour déclarer, en septembre 2011, dans les colonnes d’un journal de la presse locale (Le Courrier, 14 septembre 2011) que l’autisme est « un cercueil fermé ». Ce courage nous le devons à un représentant de la psychanalyse: le docteur Sergio Caretto.

 

La maman que je suis - et je pense parler au nom de beaucoup, beaucoup de parents, est outrée d’apprendre que des médecins aussi titrés que M. Caretto se permettent impunément d’insulter nos enfants, leur dignité et leur intégrité morale en les qualifiant de « cercueil fermé ». Pour un psychanalyste, qui prône la relation à autrui il y a encore, je constate, beaucoup de choses à apprendre sur le sens basique du respect à l’autre.

 

Si j’étais en train de rédiger un billet en faisant un exercice de style, comme on nous apprenait à en faire sur les bancs du lycée, et que je voulais, par exemple, m’adresser à des zonards titrés, je dirai sûrement : « Tu sais ce qu’il te dit le cercueil fermé, tête de noc (verlan) ? »

 

Mais comme je suis très polie et que ma modeste fonction de Présidente ne me consent guère à une telle bassesse linguistique, je dirai plutôt :

 

 

Cher Monsieur Caretto, nous avons lu avec un grand intérêt vos propos rapportés par M. Ammann, journaliste au Courrier, dans lesquels vous avancez que l’autisme n’est ni « un handicap, ni un déficit, mais qu’il est une fermeture radicale à l’autre, cet autre qui est perçu comme une menace, plutôt qu’une ressource pour sa propre existence ».

Votre opinion (parce que il s’agit bien d’une doxa) n’a d’intéressant que le vide qu’elle véhicule. Nous pourrions dès lors décider de disserter, vous et moi et les quelques autres adeptes de la pensée libre de cette auguste République, sur le sens du vide et la valeur de l’existence en confrontant les pensées d’Heidegger que par ailleurs vous citez mal et celles des nombreux autres essayistes qui se sont exercés à écrire des hypothèses sur l’origine du langage. Je vous invite d’ailleurs, mais c’est sûrement évidemment déjà fait, à vous pencher, pour traiter de ce merveilleux sujet, sur les textes de la période hellène dont Heidegger n’est qu’un lointain représentant. Les sources sont toujours plus instructives.

 

Nous vous somme gré Monsieur Caretto de reconnaître que notre quotidien de parents n’est pas simple confronté à ce « cercueil vivant » (je cite vos propos insultants), mais nous pouvons vous assurer qu’il serait beaucoup (mais alors beaucoup) plus simple si nous n’avions pas à supporter vos éternelles interprétations au sujet de nos enfants, qui n’ont de sens que dans le cercle très restreint de vos débats pseudo-littéraires qui occupent probablement votre intellect et vos soirées. En tout cas au niveau international, vos opinions sont caducs et ne font même plus l’objet de cours sur les bancs de l’Université. Vous pouvez avoir une première idée de ce que les neurosciences apportent notamment dans le domaine de l’autisme en lisant la page 8 du même quotidien qui vous consacre une page entière.

C’est assez intelligent d’ailleurs de la part de ce très bon quotidien de laisser ainsi la possibilité aux lecteurs de confronter les avis (même si indirectement) et de faire prendre conscience de l’énorme débat qui se joue actuellement en Romandie dans le domaine très pointu de l’autisme. Psychanalyse ou neurosciences ?

 

L’alliance entre la psychanalyse et la neurologie que certains de vos collègues prône au nom de la plasticité cérébrale est comme le miroir aux alouettes qui, à une lecture scientifique, s’écroule comme un château de cartes. Mais quel délice intellectuel : rien à redire. Dès que je trouve une minute dans mon emploi du temps, fort chargé, à force de devoir répondre à toutes les inepties qu’on peut lire dans les quotidiens, promis je viens à vos soirées littéraires. Cela doit être jouissif (c’est bien un lemme que vous appréciez ?).

 

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour inviter toutes les personnes qui sont intéressées à en connaître un peu plus sur les deux approches antagonistes aujourd’hui en vigueur à Genève, celle prônée par M. Caretto et celles représentée par le courant des neurosciences le 26 novembre 2011 à l’auditoire R080 (UniMail), de 9h00 à 17h30.

 

L’association qui aime le dialogue (sans insulter l’autre) a en effet invité tout le monde, tous bords confondus, à s’exprimer sur ses choix théoriques et ses résultats pratiques. La journée sera ponctuée de deux débats modérés par Christophe Ungar, journaliste à la tsr. Venez donc nombreux écouter les uns et les autres. Place à la disputatio ! Histoire d’y voir un peu plus clair. Informations et inscriptions sur notre site : www.autisme-ge.ch

 

Comme le dit M. Caretto, pour une fois nous sommes d’accord, c’est sûrement dans le dialogue (sans insulte…merci à M. Caretto de s’en souvenir) qu’il y aura un bénéfice mutuel. Mais le dialogue ne suppose aucunement des syncrétismes, comme en font systématiquement les tenants lacaniens qui ont même pour ambition de créer une chaire en autisme sur l’alliance neurologie/psychanalyse. Le dialogue suppose une prise de conscience des différences théoriques avec -comme objectif- qu’elles soient clairement énoncées aux parents. Parce que pour l’instant le jeu du « cache cache, coucou c’est pas ça… » ce sont les représentants de la psychanalyse qui en sont les champions. Vous ne connaissez pas ce jeu ? Le principe est très simple, il s’agit de tourner le plus adroitement possible autour du pot sans jamais rien dire de « décisif » aux parents :  

 

1/ ne pas annoncer, par exemple, de diagnostic aux parents parce que -paraît-il- cela influe notre relation à l’enfant. Alors ils pratiquent le jeu du « cache cache coucou c’est pas ça »…en disant « votre enfant souffre de la relation » « votre enfant a une évolution dysharmonique », « votre enfant a un trouble de la compréhension » et autres fioritures de ce genre… ;

 

2/ ou par exemple ne pas formuler d’objectifs à atteindre et encore moins les mettre par écrit (et oui… scripta manent). Ici le jeu du « cache cache coucou c’est pas ça » consiste à dire aux parents « mais non…pas besoin de rapport par écrit pour l’instant, on observe l’enfant », « on le regarde évoluer », « il a besoin de venir à nous », etc.…le problème c’est qu’ils l’observent pendant au moins 6 ans….Un peu long comme observation, vous ne trouvez pas ?

 

Enfin, M. Caretto, pour votre gouverne la psychanalyse n’est pas la seule discipline à vouloir faire découvrir à la personne (je préfère ce lemme à celui de « sujet » que vous employez) une vérité qui la concerne. Loin de là, perdez, je vous prie, cette dernière illusion que vous cultivez avec tant de mots. Si l’esprit ne se réduit pas au cerveau, le cerveau explique l’esprit et pas que celui de la lettre.

 

Et puisqu’il vous plaît avec si peu de convenance de citer des personnes avec autisme au profit de votre théorie, permettez-moi, M. Caretto, de conclure ma lettre qui a un certain état d’esprit, j’en conviens, par ces mots eux aussi écrits par une personne avec autisme :

 

« Quand la première psychiatre me demanda d’évoquer mes souvenirs (et les freudiens ont tendance à adopter cette ligne), sa demande me parut étonnante et dangereuse », Donna Williams (personne avec autisme de haut niveau).

 

 

Ps:Si M. Caretto veut prendre contact avec l’association, nous serons ravis de discuter avec lui. Je pense que nos coordonnées sont très simples à trouver. Et si M. Amman veut entendre le point de vue des parents, il sait aussi comment me contacter J !

 

 

 

Mj Accietto

 

 

 

18:14 Publié dans Autisme - Romandie - Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Voici ce qu'on peut appeler une bonne mise au point.
Mr Caretto répondrait surement que vous avez mal compris, que vous ne connaissez pas assez cette glorieuse discipline pour la comprendre, que vous ne pourrez un jour la comprendre que si vous y croyez.
En attendant, bravo.
http://igorthiriez.wordpress.com/2011/09/09/le-mur-la-psychanalyse-a-lepreuve-de-lautisme/

Écrit par : Igor Thiriez | 14/09/2011

Je vous invite, à visionner le documentaire: Le Mur, dans lequel vous verrez des propos SCANDALEUX à propos des femmes en général, des mères, et des mères d’enfants autistes en particulier.

http://autismeinfantile.com/ressources/videos/reportages/le-mur-la-psychanalyse-a-lepreuve-de-lautisme/

c'est ingnoble mon fils autiste et agee de 11ans et j'ai du me battre contre ces barbare pour garder la garde de mon fils car je refuser leur soit disant soin en centre fermer (packing)partie 15 jour visite de 1HOO tout les samedi a condition que je ne soit pas presente voila ce que ce type fait aux famille j'ai etait obliger de m'enfuire pour echaper a ces fous tout laissse ,partire avec ce qu'on peut emporter dans une voiture et laisser le reste tout votre vie et fuire en pleine nuit avec votre enfant pour ne pas qu'il vienne vous le chercher il avait 3ans depuis j'ai changer de region mon petit vas a l'ecole normal avec avs et il a 18 de moyene et il a un avenir grace a moi si j'avais laisser ces pervert s'occuper de lui il serait dans une piece fermer avec des barreau a meme le sol a faire pipi sur lui et meme recevoir des violence d'adulte car il n'y a pas de centre fermer pour enfant ils son melanger avec des adultes de tout pathologie , depuis j'ai cree une association je TED a aller a l'ecole et je me bat jour apres jour pour que nos enfant et un avenir ,et quand je voit votre magazine qui ne dit pas un mot sur la journee mondial de l'autisme mais qui mais a l'honneur ce grand malade et bien ce soir j'ai honte d'etre française

Écrit par : sochon | 14/09/2011

Mme Accietto,

Je vous invite tout comme "Sochon" à visionner le documentaire qui vient de sortir sur le net :Le Mur - La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme http://www.autistessansfrontieres.com/ Vous allez apprécier j'en suis sûre ;o)

Un maman d'enfant autiste :o)

Écrit par : Kalanga | 14/09/2011

Bonjour Mme Accietto,

Votre lettre est parfaite et explique très bien ce à quoi nous sommes confrontés (parents et enfants) dans cette bataille au droit à l'existence! Ces enfants sont sans cesse confrontés aux propos négatifs et peu d'espoir de la majorité des gens qu'ils rencontrent. C'est un abandon cruel et inhumain! Ces enfants font d'énormes progrès quand on veut bien s'y intéresser. Certes cela demande quelques efforts mais ils sont si petits en comparaison de ceux fournis par ces gamins qui veulent qu'on les sorte de leur bulle. Leurs sourires, leurs premiers mots et les progrès constants qu'ils font quand ils sont accompagnés correctement en sont la preuve! Merci, d'avoir exprimé avec les mots que j'aurais aimé trouvé ce que nous pensons et ressentons pour la grande majorité d'entre nous. Salutations respectueuses.

Écrit par : CROUZIER | 15/09/2011

Excellent article! merci


J'en ai vraiment marre de voir mon enfant se faire insulter par des sois disant professionnels


Maman d'un enfant autiste,

Écrit par : Bina | 15/09/2011

Cet article a paru dans la liberté et M. le psychanalyste a donné une conférence au CO de Pérolles. Il faut dire que je pense qu'il aurait été moyennement bien accueilli à l'université de Fribourg...

Ce qui est assez terrible à mon sens, c'est que ce genre de discours est justement ce qui passe le mieux chez le grand public. C'est si fascinant, n'est-il pas ? Un enfant qui se ferme pourrait se réouvrir grâce à la chaleur et à la compréhension du gentil psy qui l'écoute, contrairement à sa mère, certainement obnubilée par sa carrière ou par des déviances cachées...

Mettez deux livres sur l'autisme l'un à côté de l'autre dans une librairie. L'un sur l'intervention comportementale et l'un sur la communication facilitée. Lequel attirera le plus le grand public, pensez-vous ? Celui où on va expliquer ce qu'est le conditionnement opérant, le renforçateur primaire et secondaire ? Ou celui où on va apprendre que la personne non-verbale et qui s'automutile le fait en réaction au monde extérieur qui ne la comprend pas, malgré qu'elle sache réciter dans sa tête Verlaine par coeur et qu'elle comprenne le swahili ?

Je pense que la psychanalyse perdure parce que justement, elle fascine. Quelle n'apporte pas de résultat est finalement secondaire. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse, n'est-ce-pas ? Et n'est-ce pas énivrant de s'adonner à cette sorte de masturbation mentale qui consiste à vouloir sonder et comprendre le pourquoi du handicap ou de la maladie de l'autre (sans toutefois y apporter de solution) ?
Je pense que ces gens sont simplement des gens dangereux pour leurs pairs et qu'ils auraient besoin d'une bonne psychothérapie cognitivo-comportementale, peut-être aussi de quelques médicaments psychotropes, afin de faire cesser leur délires fantasmatiques et les faire revenir dans la réalité. En tout cas, ne laissez jamais un psychanalyste s'approcher de votre enfant, autiste ou pas !!!

Pour preuve : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452436z.image.r=revue+fran%C3%A7aise+de+psychanalyse.f203.pagination.langFR
Attention, c'est vraiment gore et pour ma part, je déposerais plainte si un de mes enfants devait être confronté à cela dans un cadre scolaire ou autre...

Écrit par : lioba | 15/09/2011

Bonjour à tous, je vous remercie pour vos commentaires publics. J'ai reçu aussi beaucoup de témoignages dans ma boîte mail, dont un qui m'a touché tout particulièrement parce qu'il me disait que cet article l'avait fait pleuré. Une autre maman m'a dit d'avoir caché le journal pour que son enfant ne le lise pas... Eh oui...il y a des personnes avec autisme qui lisent...il faudrait l'apprendre à M. Caretto. Cet article qui rapporte les propos de M. Caretto est en effet très insultant à l'égard de nos enfants.

Le ton de mon billet n'est pas celui de l'énervement, mais celui de l'indignation. Ce n'est pas la même chose.

Mon billet ne s'adresse pas au journaliste, M. Ammann, qui l'a publié, mais à M. Caretto, même si je pense que le journaliste aurait du avoir une démarche plus neutre en interrogeant toutes les personnes concernées directement par ce handicap: d'abord les personnes avec autisme elles-mêmes, puis leurs familles et enfin les professionnels qui pensent aussi différemment que M. Caretto et qui sont, fort heureusement, aujourd'hui majoritaire au niveau international.

Interroger tout le monde, c'est d'ailleurs exactement ce que notre association demande en vue de la journée informations-débat du 26 novembre prochain, où précisément tout le monde a été invité... Reste à être entendu avec les petits moyens qui sont les nôtres, ceux de parents.

Merci encore pour vos témoignages. Mj

Écrit par : Marie-Jeanne | 15/09/2011

lioba je suis totalement d'accord avec vous...

marie jeanne c'est bien de préciser que vous n'avez pas écrit cette article sur le ton de l'énervement mais sur celui d'indignation

Car justement ses gens veulent souvent faire passer les parents pour des personnes perturbées, hors notre révolte est justifié! leurs théories font bcp de mal et ne servent à rien!

Écrit par : Bina | 16/09/2011

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