07/10/2011

Comme quoi on se pose tous les mêmes questions...

Quelles thérapies pour l’autisme ?

La Haute Autorité de Santé vient de clore une consultation publique portant sur la version provisoire des futures recommandations de bonnes pratiques de prise en charge de l'autisme. En complément, elle a publié également une version provisoire d'un argumentaire détaillé qui comporte une revue exhaustive de la littérature scientifique récente sur ce sujet, utilisée pour élaborer ce projet de recommandations.

 
Ce document doit encore être finalisé, selon les remarques faites au cours de la consultation publique ; on espère le document définitif au cours du premier semestre 2012.
 
Une bonne surprise à la lecture du document provisoire, c'est qu'enfin, on reconnaît l'importance d'une intervention éducative précoce et intensive, utilisant une approche cognitivo-comportementale de type TEACCH ou ABA. Il s'agit d'une revendication de longue date des associations de parents, qui se heurte toujours aujourd'hui à un blocage institutionnel lié à la prédominance de la vision psychanalytique obsolète de l'autisme dans nos institutions de prise en charge (hopitaux de jour, instituts médico-éducatifs, CMP, Sessad...). Dans ces recommandations provisoires, il est clairement recommandé : « Mise en oeuvre dans les 3 mois qui suivent le diagnostic de TED d’interventions individualisées, précoces, globales et coordonnées, débutées avant 4 ans, qu’il y ait ou non retard mental associé, selon une approche comportementale ou développementale de type ABA, modèle de Denver ou TEACCH ou selon une prise en charge intégrative, dont la thérapie d’échange et de développement ».
 
On y trouve aussi : « équipes formées et supervisées, taux d’encadrement d’un adulte pour un enfant, rythme hebdomadaire d’au moins 20-25 heures par semaine scolarisation comprise, fondées sur des objectifs fonctionnels à court terme, ajustés au cours d’échanges entre la famille, les professionnels qui mettent en oeuvre les interventions et ceux qui en assurent la supervision, visant au minimum l’imitation, le langage, la communication, le jeu, les capacités d’interactions sociales, l’organisation motrice et la planification des actions et les capacités adaptatives des comportements dans la vie quotidienne ».
 
Enfin, donc, on trouve noir sur blanc qu'il est recommandé pour aider les autistes des prises en charge avant tout éducatives, visant à leur apprendre les compétences qu'ils n'ont pas acquis naturellement comme les enfants neurotypiques. Enfin, aussi, on y recommande un volume hebdomadaire minimum de 20 à 25 heures scolarisation comprise, ce qui devrait éviter les sempiternels débats avec l'école ou la MDPH, qui sous prétexte de compassion, limitent au minimum les heures de scolarisation en incitant perpétuellement les parents à ne pas « sur-stimuler ces pauvres enfants ». Au contraire, les autistes sont des enfants qui se noient et qu'il faut aider à sortir la tête de l'eau afin qu'ils apprennent à nager – les laisser couler à cause d’une compassion déplacée serait le pire service à leur rendre.
 
L'argumentaire détaillé, même s'il est très épais et fastidieux à lire, démontre s'il en était besoin l'abondance d'études scientifiques sérieuses qui démontrent l'efficacité des prises en charge éducatives de type comportemental (ABA) et cognitif (TEACCH). Les détracteurs de ces approches ne pourront plus prétendre qu'on ne sait rien, que rien n'est prouvé – c'est faux, on sait très bien, et depuis longtemps, ce qui marche ou non, ce qui aide les autistes ou non.
 
Les parents et leurs associations auraient donc tout lieu de se réjouir de ce projet de recommandations qui a mis si longtemps à voir le jour ; rappelons qu'il devait être publié au début du Plan Autisme 2008-2010, il a donc environ 3 ans de retard ! Mais ce retard est imputable aux impitoyables actions de blocage menées en coulisse par les tenants de l'approche psychanalytique de l'autisme, qui ont beaucoup à perdre à la sortie de ce document. Donc mieux vaut tard que jamais...
 
Cependant, une lecture plus attentive amène certaines interrogations inquiétantes. En effet, le processus de production de ce document repose sur le « consensus formalisé », c'est à dire que pour que sorte une recommandation, suffisamment de personnes parmi celles ayant participé à l'élaboration du document doivent y trouver leur compte. Il s'agit d'une méthode utilisée par la HAS pour tenter de surmonter les divergences de vues irréconciliables entre psychanalystes, cognitivistes et familles ; mais cette méthode a ses effets pervers, comme on va le voir.
 
Reprenons la recommandation citée au début de cet article ; la fin est importante : « ...ou selon une prise en charge intégrative, dont la thérapie d’échange et de développement ». La « Thérapie Echange Développement » est une prise en charge qui ressemble un peu à du TEACCH qui serait axé principalement sur le jeu. Sa définition est : « La thérapie d’échange et de développement est décrite comme une psychothérapie centrée sur l’échange et le développement cognitif, affectif et émotionnel. Prototype des interventions précoces, la thérapie d’échange et de développement est un soin individuel réalisé sous la conduite d'un thérapeute spécialisé, qui permet à l'enfant de développer ainsi ses capacités de contact avec autrui, d'interaction et d'adaptation à l'environnement ». Elle a été mise au point au CHU de Tours par l'équipe du Pr Lelord, aujourd'hui dirigée par le Pr Catherine Barthélémy, par ailleurs présidente du comité de pilotage d'élaboration de ces recommandations. On comprend donc qu'elle soit recommandée, compte tenu de sa similitude avec les prises en charge éducatives validées par les études scientifiques de l'argumentaire.
 
 Mais que signifie donc « prise en charge intégrative » ? Pour cela, il va falloir nous plonger dans l'argumentaire détaillé. La page 83 donne comme définition : « Les prises en charge intégratives font l’objet d’une section distincte en raison de leur éclectisme. Elles empruntent leurs moyens à différents courants théoriques et adaptent leur utilisation au contexte de l’enfant, aux souhaits de sa famille et aux ressources des professionnels de différentes disciplines. Les interventions proposées dans le cadre de ces programmes sont multiples et variables. » Que faut-il en comprendre ? La phrase clé est « elles empruntent leurs moyens aux différents courants théoriques ». En effet, on constate depuis quelques années que le discours des professionnels de la mouvance psychanalytique a évolué en apparence, prônant une « synthèse » ou une « intégration harmonieuse » des « différents courants théoriques » de façon à répondre aux besoins de la personne autiste dans les différents domaines « éducatifs et thérapeutiques ». L'idée serait donc de mélanger par exemple du TEACCH et de l'ABA avec des prises en charge psychanalytiques, sans a priori, au bénéfice de l'enfant. Ce discours est évidemment très séduisant, tout d'abord pour les parents, perdus dans les querelles théoriques entre spécialistes, mais aussi et surtout pour les décideurs politiques chargés de distribuer les financements et encore plus perdus que les parents. Ces prises en charge dites « intégratives » parviendraient donc à réconcilier des spécialités qui s'opposaient jusqu'à présent.
 
D'un point de vue théorique, cela paraît bien hardi. Comment réconcilier en effet l'approche cognitivo-comportementale avec l'approche psychanalytique ? La première considère l'autisme comme un cumul de déficiences qu'il s'agit d'aider l'enfant à surmonter à l'aide d'une prise en charge éducative précoce et intensive, le plus tôt possible et le plus rapidement possible pour tirer avantage de la plasticité cérébrale chez le jeune enfant (d'où les 20 à 25h par semaine préconisées par le projet de recommandations). L'approche cognitivo-comportementale considère aussi qu'une grande partie des angoisses de la personne autiste vont disparaître à mesure que ses facultés de communication et sa compréhension de son environnement s'améliorent. A l'inverse, l'approche psychanalytique considère les angoisses comme la cause première des difficultés de la personne autiste et s'attachent donc à les diminuer, considérant qu'elle ne sera pas « psychiquement prête » pour de l'éducatif tant que les angoisses sont trop présentes. De plus, les tenants de cette approche ne cessent de recommander de ne pas « sur-stimuler » les enfants, préférant attendre « l'émergence du désir de communiquer » - en gros, l'autiste finira par parler quand il en aura l'envie... On ne peut donc échapper à un certain scepticisme quand à la faisabilité réelle d'une telle « intégration » des courants théoriques.
 
 Mais qu'en est-il, d'un point de vue pratique ? Quels sont les résultats obtenus par ces approches, qui sont uniquement mises en oeuvre dans les hôpitaux de jour français, par des psychiatres psychanalystes ? Le même argumentaire donne des réponses (pages 155-156) à cette question. On est d'abord frappé par la pauvreté de la littérature scientifique sur ces méthodes, alors que les hôpitaux de jour existent depuis des décennies : une seule étude réellement utilisable, publiée en 2007. Quels sont ses résultats ? « après 3 ans de prise en charge en service de pédopsychiatrie, l’échantillon d’enfants montre une augmentation du retard de développement d’autonomie de vie quotidienne et du développement de la cognition relative à la personne. En contraste, le rythme de développement de la communication et socialisation et de la cognition relative aux objets demeure stable bien que retardé. » Ce qui veut dire que, en moyenne, les compétences des enfants autistes pris en charge de cette manière, au mieux stagnent, au pire se dégradent.
 
Si le même document note que quelques établissements de ce type proposent néanmoins des prises en charge jugées de bonne qualité (intégrant des éléments éducatifs, comportementaux, et une intensivité suffisante), la plupart de ces prises en charge sont trop « éclectiques » et trop peu intensives pour pouvoir être réellement efficaces : « certaines d’entre elles s’apparentent alors à une juxtaposition de pratiques éducatives et de rééducations peu fréquentes mises en oeuvre avec des techniques très hétérogènes, ce qui n’est pas souhaitable pour l’enfant/adolescent autiste ».
 
Finalement, ces prises en charge dites « intégratives » font plus penser à un vaste fourre-tout dans lequel on trouve fréquemment le pire, rarement le meilleur, compte tenu des résultats disponibles. Pour beaucoup d'associations de parents, il s'agirait donc d'une sorte d'alibi servant à dissimuler, sous une couche peu épaisse « d'éducatif », une poursuite des pratiques psychanalytiques obsolètes et inutiles qui sont la règle dans 80% des hôpitaux de jour et IME accueillant des autistes. L'exception la plus notable étant l'hôpital de Tours où la Thérapie Echange Développement a été mise au point.
 
On voit donc maintenant plus clairement le danger du libellé de ces recommandations provisoires : en amalgamant la Thérapie Echange Développement aux pratiques inefficaces des hôpitaux de jour à dominante psychanalytique, sous une appellation consensuelle de « prise en charge intégrative », ce projet permettrait que la vie continue comme avant et que surtout, surtout rien ne change. Les quelques parents motivés et pugnaces qui se battent dans leur coin pour aider leur enfant en mettant sur pied de l'ABA ou du TEACCH avec quelques uns des rares professionnels disponibles, le plus souvent en payant de leur poche la majorité des coûts, pourraient continuer (tant que leur santé n'y aura pas été usée). Les autres, la majorité, faisant confiance au « docteur en blouse blanche », mettront leur enfant à l'hôpital de jour le plus proche, pensant sincèrement qu'on y fait du bon travail, évidemment, puisqu'il suffit de coller quelques pictogrammes sur les portes pour pouvoir dire que la prise en charge y est magiquement devenue « intégrative » !
 
Heureusement, ces recommandations, issues de plusieurs mois de tractations entre professionnels et associations, ont été comme prévu soumise à une « large consultation de tous les acteurs concernés ». Les associations de parents ont ainsi pu faire entendre leurs voix, et cette tentative d'escroquerie manifeste a été décelée et largement dénoncée par la plupart des représentants du monde associatif (dont le collectif Egalited). L'incohérence entre l'argumentaire, qui conclut au manque de données permettant de justifier ces prises en charge intégratives, et le projet de recommandations, qui les met en avant au même titre que l'ABA ou le TEACCH, est manifeste, et a été signalé à la Haute Autorité de Santé au cours de cette consultation.
 
Ces remarques, venues de tous horizons, sont aujourd'hui en cours d'examen par le groupe de pilotage de la HAS et de l'ANESM qui a la charge de publier ces recommandations. La version finale est prévue début 2012 ; espérons que le bon sens, l’honnêteté intellectuelle et la rigueur scientifique finissent par prévaloir et qu'enfin les parents d'enfants autistes puissent disposer d'une base fiable sur laquelle fonder leurs choix pour leur enfant, au niveau des documents équivalents disponibles dans les autres pays. Ce n’est qu’à cette condition que la situation pourra enfin évoluer favorablement pour les autistes français et leurs familles et que la France pourra enfin sortir par le haut de 50 ans de misérabilisme.

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04/10/2011

Autisme : découverte d'un mécanisme génétique potentiellement responsable

Info rédaction, publiée le 04 octobre 2011
 

Selon une étude publiée hier, des chercheurs américains sont parvenus à identifier un mécanisme génétique qui pourrait expliquer l'autisme.

C’est en manipulant génétiquement des souris présentant des symptômes similaires à ceux d’enfant autistes que des chercheurs américains ont découvert un mécanisme génétique dans ce trouble. En effet, d’après l’étude publiée hier dans les Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS), le fait d’hériter d'un nombre de copies moindre de certains gènes se traduirait par des symptômes ressemblant à ceux provoqués par l'autisme chez les enfants.

Depuis 2007, et grâce au Professeur Michael Wigler du Cold Spring Harbor Laboratory (CSHL), on sait que certains enfants autistes ont une petite partie de certains gènes sur le chromosome 16 qui sont effacés. Cette partie affecte 27 gènes dans une région du génome appelée 16p11.2, rapporte romandie.com. Ainsi, comme l’explique Alea Mills, professeur au CSHL et auteur principal de l’étude, "nous avions ainsi les outils pour voir si des changements dans le nombre de copies de gènes trouvés chez des enfants autistes provoquaient les symptômes".

Des symptômes semblables

C’est donc en créant un modèle animal avec des souris rendues autistes avec une technique, dite d'ingénierie du chromosome, que les scientifiques ont démontré que le fait d'hériter d'un moins grand nombre de copies de ces gènes produit des symptômes ressemblant à ceux de l'autisme chez les enfants.
Les souris génétiquement manipulées pour créer la même anomalie dans la partie du chromosome 16p11.2 (c'est-à-dire l’effacement de certaines parties du gène) ont montré une variété de comportements ressemblant cliniquement à l'autisme chez les humains : hyperactivité, difficultés d'adaptation à un nouvel environnement, déficits de sommeil et comportements répétitifs.

Bien que certaines variations génétiques avaient déjà été identifiées chez des enfants autistes, c'est la première fois qu'un lien aussi direct est établi. La découverte fournit ainsi de nouvelles informations précieuses sur ce trouble du développement encore mal compris.

 

Source:http://www.maxisciences.com/autisme/autisme-decouverte-d-039-un-mecanisme-genetique-potentiellement-responsable_art17446.html

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AUTISME: ÉDUQUER POUR TRAITER

Le 14 septembre 2011 paraisait dans le "Courrier" un article reportant les propos du psychanalyste Prof. Caretto qui traitait l'autisme de "cerceuil enfermé". L'association a réagi à ces propos touchant à la dignité des personnes avec autisme  en demandant un droit de réponse. La rédaction du Courrier a retenu notre demande légitime et nous a donné une page dans la rubrique Contrechamp. Voici notre réponse publiée dans l'édition d'hier (lundi 3 octobre). Nous remercions au passage le Courrier pour son sens de l'équité.
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SANTE • Autisme Genève, qui accompagne les personnes avec autisme et leurs proches, mise sur le traitement par l’éducation. L’association réagit aux propos du Pr Sergio Caretto, tenant d’une approche psychanalytique de l’autisme, parus dans notre édition du 14 septembre.

aut_103.jpgL’autisme est un trouble sévère et précoce du développement, d’origine neurobiologique. Il se manifeste avant l’âge de trois ans. Les signes varient considérablement d’une personne à l’autre, c’est pourquoi on parle aussi de Troubles du spectre autistique (TSA) ou de Troubles envahissants du développement (TED). Les symptômes s’étendent sur un continuum, les personnes pouvant présenter tant une intelligence normale qu’un profond retard mental. Les points communs de ces troubles sont des altérations des interactions sociales, de la communication et la présence d’intérêts restreints. Cette définition, qui se base sur la Classification internationale des maladies de l’OMS, la CIM10, n’est à l’heure actuelle pas toujours adoptée par la psychiatrie psychanalytique, qui associe l’autisme à la psychose et le considère, à tort, comme un trouble relationnel.

Acquérir des compétences


Sur le plan international, il est admis qu’une intervention précoce et intensive facilite un développement plus harmonieux de l’enfant, l’acquisition de compétences lui permettant de mieux s’inscrire dans l’échange et les apprentissages. Ceci demande qu’un diagnostic soit posé le plus tôt possible (avant l’âge de dix-huit mois) et qu’un accompagnement spécialisé soit mis en place. Les TSA ne sont pas un problème anodin, puisqu’ils concernent 1 personne sur 110, dont 30 à 50% n’ont aucune déficience intellectuelle.
Une intervention spécifique doit comporter certains ingrédients indispensables 1:
• Le seul traitement efficace ayant fait ses preuves dans l’autisme est l’éducation;
• Les approches les plus bénéfiques sont celles qui impliquent les parents;
• Les professionnels doivent être formés aux connaissances actuelles;
• L’intervention est efficace si elle se base sur une évaluation cognitive et sensorielle permettant une individualisation des stratégies éducatives.
Aujourd’hui, un diagnostic précoce basé sur des outils reconnus reste rare en Suisse romande. Si certains professionnels se spécialisent de plus en plus aux approches reconnues sur le plan international, nous en manquons encore cruellement qui soient formés spécifiquement à l’autisme. Même si des établissements commencent à prendre en compte les particularités des personnes avec autisme dans leur comportement et leurs capacités, nombreuses sont celles qui ne bénéficient pas encore d'un accompagnement adapté.

 

«L’autisme n’est pas un cercueil fermé»

 

aut_129.jpgSur le plan émotionnel, il est évident que pour toute personne avec autisme et pour son entourage, l’image du «cercueil fermé» employée par le professeur Sergio Caretto1 pour décrire l’autisme est choquante. Dire que c’est l’autisme qui est un cercueil fermé, et non l’autiste, ne change rien à l’affaire. Et –tout bien réfléchi– qu’est ce que cela signifie? C’est une formule assez incompréhensible, qui semble se référer à l’immobilisme et à la mort. Les personnes avec autisme ne se réduisent pas à leurs particularités et ne vivent pas «emmurées», loin de là. Elles sont souvent joyeuses et dotées d’humour, cherchent la proximité de l’autre et progressent régulièrement. Nous n’arrivons pas à repérer les bases méthodologiques du travail de M.Caretto. Affirmer le bien-fondé d’une intervention, c’est pouvoir en citer des résultats qui vont au-delà de l’anecdote ou de l’étude de cas et qui détaillent le point de départ, l’ensemble des interventions et le point d’arrivée. Ceci en faisant la part des choses, c’est-à-dire en essayant de mettre en évidence quelles interventions ont été les plus bénéfiques (logopédie, ergothérapie, psychothérapie, scolarisation, participation des parents, etc.) La littérature évaluant le travail psychanalytique auprès des personnes avec autisme est bien pauvre à ce sujet, et il est probable que les conclusions du rapport de Baghdadli et al. (2007) qui recense les pratiques de prise en charge et le niveau de preuve de leur efficacité, soient encore d’actualité: «… il n’existe pas d’études sur les effets des thérapies à référence psychanalytique, ce qui nous amène à dire qu’il n’existe pas de preuve de leur efficacité»2

Certains énoncés dans l’interview de M.Caretto semblent tomber droit du ciel. L’autisme serait, selon lui, «une réponse possible, entre autre, à l’incidence certainement traumatisante du langage sur l’être humain». Où sont les éléments qui étayent une telle supposition? M.Caretto continue en laissant entendre que l’autisme ne serait ni un déficit, ni un handicap –ces propos feraient sûrement plaisir aux assurances-maladie et à l’assurance-invalidité! Malheureusement un grand nombre des personnes avec autisme ne pourront pas mener une vie indépendante et devront vivre en institution dès lors que leurs parents ne pourront plus s’occuper d’elles. L’évacuation d’une réflexion sur l’origine du trouble est un peu rapide (citons l’article: «L’objet de la psychanalyse n’est pas l’origine des symptômes, mais plutôt de faire découvrir au sujet une vérité qui le concerne»). Comment aider une personne avec autisme à évoluer si on ne cherche pas à comprendre le problème dans son ensemble? A l’hypothèse de «l’incidence traumatisante du langage sur l’être humain», on peut opposer l’hypothèse bien étayée d’une impossibilité pour la personne avec autisme de décoder et réagir correctement à son environnement à cause d’un développement atypique de son cerveau (confirmé par l’imagerie cérébrale). Cette dernière hypothèse est beaucoup plus riche, car elle ouvre des pistes d’intervention très concrètes favorisant notamment le développement de la communication et des interactions sociales. Ainsi, grâce à une prise en charge éducative, «l’incidence traumatisante du langage sur la personne autiste» diminue nettement! M-J.A. et J.E.P.

 

 

Le droit à une éducation spécifique

 

Autisme Genève (anciennement TED-autisme Genève) est ouverte aux parents et aux professionnels. Nous œuvrons sur trois axes:

1. L’accueil et l’écoute des parents et des professionnels. Notre but est de défendre les droits des personnes avec autisme et de leurs familles, en premier lieu le droit à une éducation spécifique. Pour ce faire, tous les enfants devraient bénéficier d’évaluations spécifiques avec à la clé un projet éducatif individualisé (PEI) écrit et élaboré avec les parents. L’association est aussi à l’écoute des professionnels qui sont surtout en quête de formations spécifiques, quasi inexistantes à Genève.

2. L’élaboration de projets. Sur la base des besoins recensés, l’association a mis en place de nombreux services qu’elle finance. L’accès par tous aux projets est en effet la philosophie de base de l’association. Ainsi, nous avons créé des cours de sensibilisation à l’autisme, un centre de loisirs et des groupes de compétences sociales. Par ailleurs nous avons sollicité des entités publiques pour qu’elles soient plus à l’écoute des besoins des familles. L’Office médico-pédagogique (OMP) dépendant du Département de l’instruction publique a été réceptif à notre démarche. Nous avons ainsi financé pour les deux premières années un centre de diagnostic situé à l’OMP, dont le besoin est indéniable puisqu’il y a actuellement une liste d’attente de plusieurs mois. Nous avons également financé la formation aux approches éducatives structurées de quatre institutions sur la cinquantaine que compte l’OMP. C’est peu, mais c’est un début pour offrir aux familles qui habitent Genève la possibilité de choisir l’orientation psycho-pédagogique qu’elles veulent pour leur enfant. L’association souhaite avant tout la création d’alternatives à l’approche psycho-dynamique jusqu’à présent prônée de façon majoritaire.

3. La communication. Nous organisons des stands, des colloques réunissant des spécialistes au niveau national et international, ou encore des journées de débats et d’informations, comme celle du 26 novembre prochain (lire ci-dessous).

L’association assume l’ensemble de ces responsabilités de façon bénévole. Elle espère un jour être entendue dans sa demande, sans que cette dernière soit soumise à des conditions particulières, de recevoir des subventions publiques à la hauteur du travail fourni tous les jours par des parents qui sont déjà confrontés à un quotidien très difficile. Autisme Genève a indéniablement apporté en quelques années des réponses que de nombreuses familles et professionnels attendaient depuis des décennies. Il reste encore un long chemin à parcourir. L’association espère que les décideurs politiques élaboreront un vrai «plan autisme», comme cela se fait ailleurs, et prendront ainsi la mesure de toutes les actions qu’il reste encore à mener, surtout dans le domaine clé de la formation. M-J.A. et J.E.P.

 

26 NOVEMBRE


De l’enfance à l’âge adulte, que propose Genève?

Dans une volonté de dialogue et de confron-tation des voix divergentes qui s’élèvent ac-tuellement à Genève au niveau de l’accompagnement des personnes avec au-tisme, Autisme Genève organise le 26 no-vembre 2011 une Journée, ouverte à tous. Il s’agit d’une première, puisque tous les res-ponsables d’entités publiques genevoises s’occupant de personnes avec autisme se-ront présents pour exposer leur théorie et leur pratique. La journée sera ponctuée de deux débats. Une adresse e-mail (debat@autisme-ge.ch) est ouverte pour recueil-lir les questions des parents, professionnels ou simplement curieux. Informations et ins-criptions à la journée du 26 novembre: www.autisme-ge.ch

 

 Marie-Jeanne Accietto *; Julia Erskine Poget **

* Présidente d’Autisme Genève.
** Psychologue FSP.

1 «Guide des bonnes pratiques dans le traitement des troubles du spectre autistique». Revista de Neurologia, 2006, 43(7).

2  «L’autisme, ce ‘cercueil fermé’», Le Courrier, 14 septembre 2011. 2 Baghdadli, A., Noyer, M., & Aussilloux, C. (2007) p. 260. Interventions éducatives, pédagogiques et thérapeutiques proposées dans l’autisme. Paris, DGAS.

Source: http://www.lecourrier.ch/autisme_eduquer_pour_traiter

 

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