13/11/2011

Autisme : les délires des psychanalystes

À propos du film « Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme »

par Brigitte Axelrad

« La psychanalyse n'est pas une science. Elle n'a pas son statut de science, elle ne peut que l'attendre, l'espérer. C'est un délire - un délire dont on attend qu'il porte une science. On peut attendre longtemps ! Il n'y a pas de progrès, et ce qu'on attend ce n'est pas forcément ce qu'on recueille. C'est un délire scientifique. »

Jacques Lacan, Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 9.

« Le point fondamental de mon attitude en tant qu'analyste c'est le fait d'abdiquer l'idée d'une progression »

Un psychanalyste dans « Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme »

 

Dans un reportage de 52 minutes intitulé « Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme » (Océan Invisible Productions) [1], destiné à faire le point sur la conception psychanalytique de l'autisme, Sophie Robert recueille les conceptions de dix pédopsychiatres et psychanalystes [2], dont quelques-uns parmi les plus grands spécialistes français.

Trois des psychanalystes interviewés, appartenant à l'Association de la Cause Freudienne, assignent à présent Sophie Robert en justice et demandent de faire interdire la diffusion du film [3]. Serait-ce qu'ils ne peuvent supporter de se voir à l'écran et de s'entendre sur ce sujet ? Un article paru dans Rue89, le 4 novembre, analyse les termes de l'assignation et met en évidence les manquements à la loi auxquels se sont livrés les plaignants, comme de demander par l'intermédiaire de leur avocat les rushes, ce qui est une « atteinte au secret des sources des journalistes » protégé par la loi du 4 janvier 2010. [4]

Si Jacques Lacan est lucide lorsqu'il affirme que la psychanalyse est un « délire scientifique », comment se fait-il que, 33 ans plus tard, les psychanalystes refusent encore d'abandonner leur vision pseudo-scientifique de l'autisme ? Comment se fait-il qu'ils refusent de reconnaître, avec la communauté scientifique internationale, que l'autisme est un trouble neurologique d'origine probablement génétique, qui entraîne un handicap dans la relation sociale, qu'il y a des autismes et non pas « un » autisme, qu'il faut parler plutôt de « troubles envahissants du développement » et non pas, comme ils le soutiennent, de « psychose », résultant d'une prétendue « toxicité maternelle » et relevant de la psychiatrie ?

Le documentaire de Sophie Robert tente d'apporter quelques éléments de réponse à ces questions en s'appuyant sur le discours des psychanalystes eux-mêmes.

Avant Bruno Bettelheim et sa théorie psychanalytique de l'autisme, Kanner et Asperger s'étaient interrogés sur la possible origine organique de l'autisme.

En 1943, Léo Kanner avait décrit l'autisme comme un trouble affectif de la communication et de la relation n'atteignant pas l'intelligence. Il avait reconnu qu'il s'agissait d'un trouble inné dont les parents ne pouvaient être jugés responsables. En 1944, Hans Asperger, convaincu d'une origine organique de l'autisme, avait émis l'hypothèse que les troubles autistiques sont des « psychopathies » pouvant aller « de la débilité au génie ».

Bruno Bettelheim rompit avec cette conception organique et imposa une conception psychanalytique de l'autisme. Se fondant sur son expérience des camps de concentration, il avait établi une analogie entre les prisonniers des camps et l'enfant autiste. Celui-ci aurait, selon lui, reçu de ses parents, et principalement de sa mère, le message inconscient selon lequel tout le monde se porterait mieux, s'il n'existait pas. En réponse à ce message, l'enfant « choisissait » de s'enfermer dans une « forteresse vide », titre de son ouvrage « La forteresse vide », 1967, consacré à ce problème. [5]

À la fin des années 60, la psychanalyse perd sa suprématie un peu partout dans le monde mais, en France, elle trouve paradoxalement un nouveau souffle sous l'influence d'un psychiatre charismatique, Jacques Lacan.

Les psychanalystes interviewés par Sophie Robert confirment la survivance de cette conception. Répondant à ses questions, ils reprennent en chœur les grands thèmes chers à Bettelheim, Lacan, Klein, Dolto... Ils développent, pour rendre compte des troubles du langage, de la communication et de l'expertise sociale de la personne autiste, les thèmes psychanalytiques de la « mère frigidaire », de la « toxicité maternelle », de la « mère vorace et castratrice » (cf. l'analogie avec le crocodile au début du film qui symbolise le « ventre de la mère », les « dents de la mère ») de la « folie maternelle », de la « mère incestueuse », de la « mère mortifère », etc. La mère est d'après eux toujours « trop » : trop froide, trop chaude, trop vide. Pour résumer, la maternité est psychogène par nature. En face d'elle se dresse « la loi du père » qui lui interdit jouissance et inceste ! Un psychanalyste précise : « La fonction paternelle consiste à intervenir de deux façons, d'une part à dire non à la fusion de la mère et de l'enfant et le père est celui qui interdit la mère. [...] Celui qui interdit la jouissance, c'est-à-dire, qui interdit aussi bien que l'enfant jouisse exclusivement de la mère que le fait que la mère jouisse exclusivement de l'enfant. »

L'autisme et les ravages de la psychanalyse

Les théories psychanalytiques ne sont pas sans conséquence. Cixi, dans son Blog sur Mediapart, parlant des théories psychanalytiques, écrit : « Théories qui ne sont pas sans conséquences. Sûr(e)s de leurs bons droits, avec des poses de résistants à l'envahisseur anglo-saxon et ses théories cognitives comportementales (qu'ils apparentent à du dressage), les voilà qui isolent les enfants autistes de leurs parents, s'opposent à leur socialisation et scolarisation, culpabilisent les parents et instillent le doute d'une potentielle maltraitance de la part des parents et en particulier de la mère. » [1]

Voici ce que dit de son côté le Comité Consultatif National d'Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé à propos des approches psychanalytiques de prise en charge des enfants autistes (extraits de l'avis n°102, 6 décembre 2007 [2], « Sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d'autisme » :

Les années 1940-1960 : quand une théorie scientifique qui vise à comprendre la souffrance de l'enfant provoque la souffrance des parents et des enfants.

Le drame de l'autisme représente un exemple particulièrement douloureux des conséquences que peuvent avoir des théories sur les causes d'un handicap ou d'une maladie en termes de souffrance humaine et de respect de la personne. Les théories psychanalytiques de l'autisme - les théories psychodynamiques, dont le concept de « forteresse vide » - proposées durant les années 1950 pour décrire et expliquer le monde intérieur des enfants souffrant d'autisme, ont conduit à une mise en cause du comportement des parents, et en particulier des mères, décrites comme des « mères frigidaires », « mères mortifères » dans le développement du handicap (voir Annexe 3). Considérer la mère comme coupable du handicap de son enfant, couper les liens de l'enfant avec sa mère, attendre que l'enfant exprime un désir de contact avec le thérapeute, alors qu'il a une peur panique de ce qui l'entoure font mesurer la violence qu'a pu avoir une telle attitude, les souffrances qu'elle a pu causer, et l'impasse à laquelle cette théorie a pu conduire en matière d'accompagnement, de traitement et d'insertion sociale.

La révolution des années 1980 : l'émergence du concept de « trouble envahissant du développement ».

L'émergence durant les années 1970 d'une nouvelle conception organique, neurobiologique de l'autisme, considéré comme un « trouble envahissant du développement » a conduit, en particulier dans les pays anglo-saxons et les pays d'Europe du Nord, au développement de méthodes radicalement nouvelles d'accompagnement, d'insertion sociale, de « désinstitutionalisation », et de prise en charge précoce, éducative, psychologique et thérapeutique des enfants dans le cadre d'une participation active des parents et des familles. Elles ont aussi conduit à une attention particulière à la souffrance des familles, et à l'accompagnement des familles, contribuant ainsi à atténuer leur détresse.Depuis les années 1980, la classification internationale des syndromes autistiques comme « troubles envahissants du développement » a conduit à l'abandon de la théorie psychodynamique de l'autisme et de la notion de « psychose autistique » dans la quasi-totalité des pays, à l'exception de la France et de certains pays d'Amérique latine, où la culture psychanalytique exerce une influence particulièrement importante dans la pratique psychiatrique.

[1] « Autisme : quand les psychanalystes font mur ».http://blogs.mediapart.fr/blog/cixi...
[2] Membres du Groupe de travail : Jean-Claude Ameisen (rapporteur), Chantal Deschamps, Claude Kordon, Haïm Korsia, Chantal Lebatard, Philippe Rouvillois.
http://www.legislation-psy. com/IM...

Lorsqu'on leur demande comment ils conçoivent l'attitude psychanalytique auprès de l'enfant autiste dont on sait qu'elle est fondée sur la parole, l'un d'entre eux ne craint pas de dire : « Disons que quand on reçoit un enfant autiste, on pratique une psychanalyse qui est une pure invention. On se trouve en face d'un sujet qui, la plupart du temps, ne dispose pas du langage. ». Un autre : « [...] avec un enfant autiste, j'en fais très peu. Très peu, ça veut dire quoi ? Que je pose mes fesses, que je me mets à côté de lui et j'attends qu'il se passe quelque chose, et j'oublie, j'essaie d'oublier tout. [...] Et quand on les interroge sur les résultats qu'ils attendent de la psychanalyse, l'un répond : « Je ne peux pas répondre à ça. Ce n'est pas une question de psychanalyste, ça ! » Et un autre : « En attendre ? Le plaisir de s'intéresser à une bulle de savon. Je ne peux pas vous répondre autre chose. »

En contrepoint de ce discours psychanalytique, Sophie Robert a interrogé, dans deux vidéos « Bonus », Monica Zilbovicius, psychiatre, directrice de recherches à l'INSERM (Unité INSERM 1000, Hôpital Necker, Paris). Avec une grande sobriété, celle-ci décrit les avancées de la connaissance scientifique dans ce domaine à l'aide des outils tels que les mesures de flux sanguin dans le cerveau, l'« Eye Tracking » ou « tracé du regard » et l'IRM, qui permet de détecter l'anomalie de structure dans le cerveau des enfants autistes dans la région temporale supérieure : le sillon temporal. Elle dit : » Nous sommes donc dans la recherche sur le cerveau. »

Monica Zilbovicius confirme donc que l'autisme n'est pas une psychose, que le tableau de psychose est très spécifique de rupture de la réalité avec des hallucinations et des idées délirantes. Cela, dit-elle, ne concerne pas du tout la problématique de l'autisme.

Dans le film « Le Mur », le discours des psychanalystes s'interrompt par moments pour laisser place aux témoignages de familles touchées par l'autisme de leur enfant, comment elles ont organisé leurs vies pour donner à leur enfant les moyens de progresser grâce aux programmes TEACCH, PECS et ABA, qui s'appuient sur les sciences cognitives et comportementales. Ces programmes ont été mis au point depuis plus de 30 ans aux États-Unis mais sont très peu développés en France, essentiellement à cause du combat que les psychanalystes mènent contre eux. L'un d'entre eux dit : « Dans le monde francophone, l'envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau, récent, mais très présent, actuellement. La Psychanalyse se bat contre cet envahissement. »

Les psychanalystes, pour la plupart, refusent de reconnaître l'avancée des connaissances scientifiques sur l'autisme et empêchent les programmes fondés sur les neurosciences de se développer en France.

Les parents d'enfants autistes et les enfants autistes paient lourdement leur obstination.

Le film « Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme » est un bon moyen de faire connaître au grand public les obstacles, « le mur », auxquels se heurtent ceux qui sont concernés par l'autisme. Souhaitons que la plainte de ces trois psychanalystes ne freine pas une nouvelle fois les progrès dans la connaissance de l'autisme et dans le développement des structures nécessaires pour accueillir et socialiser les enfants qui en sont atteints.


[1] Les différentes parties du documentaire réalisé par Sophie Robert, en 2011, pour l'association Autistes sans Frontières : http://www.autistessansfrontieres.com/ sont téléchargeables sur vimeo : http://vimeo.com/28297548

[2] Dr Alexandre Stevens PsyK ECF - Psychiatre en chef de l'institution Le Courtil à Tournai. Prof Pierre Delion PsyK - Chef du service de Pédo-Psychiatrie du CHU de Lille. Dr Geneviève Loison PsyK lacanienne - Pédo-psychiatre référent - Lille. Prof Daniel Widlöcher PsyK - APF - Ancien chef du service de psychiatrie - Hôpital de la Pitié Salpêtrière - Paris. Dr Aldo Naouri Pédiatre - Analyste - Essayiste. Prof Bernard Golse PsyK APF - Chef de service de pédopsychiatrie de l'Hôpital Necker de Paris. Esthela Solano PsyK ECF Psychologue clinicienne. Yann Bogopolsky PsyK Kleinienne. Laurent Danon-Boileau Linguiste MODYCO CNRS PsyK SPP Centre Alfred Binet Paris. Eric Laurent PsyK ECF Enseignant formateur en PsyK.

[3] Rue 89 : http://www.rue89.com/2011/11/04/aut...

[4] http://legifrance.gouv.fr/affichTex...

[5] SPS n° 286, juillet-septembre 2009
L'autisme : un pas de plus vers sa connaissance (1)
L'autisme : un pas de plus vers sa connaissance (2)

Observatoire zététique, 7 avril 2009, http://www.zetetique.fr/index.php/d...

 

 

 

SOURCE: http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1744

 

 

21:52 Publié dans Autisme - alors ça bouge ou pas ? | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Bravo et merci pour votre travail.
Je lis vos articles régulièrement.
Les autistes...est-ce si difficile d'accepter ces enfants comme ils sont et de les mener à la plus grande autonomie possible, avec amour et sans chercher à les rendre comme les gens dits "normaux" ?

Heureusement qu'on est revenu des approches psychanalytiques!
Reste à explorer sérieusement les pistes alimentaires, qui peuvent causer des "pseudos-autismes" en cas d'intolérance, en accumulant des toxines dans le cerveau (le cas avec l'intolérance à la caséine) et perturber des enfants jusque là sans problème en les faisant "régresser"

Bon courage et bonne semaine!

L.F

Écrit par : lucide | 13/11/2011

Et bien... Lacan aurait-il fait, au 2e degré, preuve de lucidité en parlant du délire de la psychanalyse?

En tous mieux vaut aller à la pêche de consulter ceux qui parlent dans le film.

Bravo pour cet excellent article.

Écrit par : hommelibre | 13/11/2011

Votre propos est long et dense mais rédigé avec une telle clarté qu'on le lit sans peine. Vous citez Rue89, je vous avais aussi à tout hasard signalé qu'il traitait du sujet que j'avais lu avec intérêt. Car l'article pointe le fait qu'en France l'autisme est encore loin d'être reconnu. Normal, si on estime que l'origine est imputable à la mère on peut arguer du fait qu'il n'est pas un problème de santé publique. Si les preuves sont données que l'autisme est d'origine organique, dans ce cas, les prises en charges devront peut-être devenir obligatoires, ce qui risque bien de déplaire à certains.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 13/11/2011

Merci Je suis la mère d'un jeune homme asperger de 19 ans et j'ai déprimé pour les famille de la France quand j'ai vue le reportage. Je vous souhaite un beau gros ménage des idéologie dépassés et une reconaissance nationale des méthodes et du soutien sur ce qui a trait au spectre de l'autisme pour le bien-être de vos citoyens autistes et leur famille .Je sais que plusieurs de vos professionnelles sont curieux ,renseigner et à jour comme le Docteur Monica Zilbovicius et c'est des gens comme eux que votre système sociale doivent écouté.Merci à la famille qui a accepté de paraître dans le documentaire le mur et merci d'avoir réalisé ce documentaire.

Maman France J. Québec,Canada

Écrit par : France Joly | 14/11/2011

@ à tout le monde :-)

merci pour vos réactions. Je précise juste que je cite cet article (voir source) a été rédigé par Mme Brigitte Axelrad. Les mérites sont donc bien les siens :-) je cite cet article , parce que je n'en pense pas moins et elle le dit si bien. Il faudra bien tôt ou tard que ces messieurs dames de la psychanalyse puissent se remettre en question.... Mj

Écrit par : Marie-Jeanne | 14/11/2011

la psychanalyse? une science mais uniquement pour votre porte monnaie!

Écrit par : lovsmeralda | 14/11/2011

Il y a aussi une hypothèse sur l'origine de l'autisme qui part des recherches sur les dommages collatéraux des vaccinations. Les études sur de grandes populations de plusieurs milliers de cas aux États Unis et en Allemagne montrent que les vaccinations précoces covarient fortement avec la prévalence d'autisme. Pour ces études les chercheurs ont trouvé des populations non-vaccinées ou peu vaccinées qu'ils ont pu comparer avec des populations vaccinées. Les chiffres sont très parlants. De toutes façons, le thème des vaccinations va donner lieu à un grand débat de société d'ici relativement peu de temps. Ce qui est ennuyeux, c'est que ce débat-là n'opposera pas la science aux psychanalystes avec leurs théories quelque peu étranges, mais aux laboratoires avec leurs lobbys puissants. L'ère des grands scandales médicaux n'en est qu'à ses débuts.

Écrit par : Témoin sceptique | 14/11/2011

@Témoin sceptique,et pourtant tout débuta en 1920!Il aura fallu qu'enfin maitre Chirac sur son banc dépossédé de ses pouvoirs se mette enfin à parler.Ensuite ce fut boule de neige comme quoi tout cacher ne sert strictement à rien.Parcontre au vu des millions de victimes faites aussi au nom de la science et de la médecine souvenons nous de ce qu'aimait affirmer Einstein,aucune science n'est exacte.

Écrit par : lovsmeralda | 14/11/2011

Je me permet de réagir et d'apporter un autre point de vue. Psychologue clinicienne, j'ai vu ce reportage et je dois dire que moi aussi j'ai été choqué par les propos de ces psychanalystes mais encore plus par le montage évident de la prod visant à faire beaucoup de mal à la psychanalyse. Je travaille dans un cmpp avec des enfants autistes en collaboration avec des psychanalystes, des psychomotriciens. Et la vision de l'autisme a beaucoup changé depuis Betheleim. Les propos des ces "psy" datent et aujourd'hui nous travaillons en collaboration avec les parents et ce reportage est aussi pour culpabilisant pour les parents ayant choisi l’orientation analytique pour leurs enfants autiste.... Laissons donc les familles choisir, les progrès fait avec les enfants autistes là ou je travaille sont flagrants. Il faudrait arrêter ce clivage entre les "bonnes et les mauvaises techniques". De plus beaucoup de recherches en neurogènetique ont été faites et démontre qu'il n'y a aucune origine génétique a l'autisme... Je vous conseil de lire Tustin ou Golse et vous verrez que nous sommes loin des premières théories de l'autisme qui dates.... L'avenir est je pense pluriel combinons nos efforts plutôt que de nous tirer dans les pattes...

Écrit par : isabelle | 14/11/2011

Pour aller plus loin, voici une interview de 23 minutes de Sophie Robert : http://www.dailymotion.com/video/xlbjdc_itw-de-sophie-robert-par-autisme-info31_news#from=embed


En réponse @Isabelle :
Les psychanalystes présents ne sont pas tous des "descendants" de bettheleim...Lacan a beaucoup œuvré aussi avec entre autre sa théorie de la mère crocodile!!!
Et puis nous demander de lire Golse afin d'y trouver une once d'intérêt dans des propos psychanalytique... quand on sait qu'avec Delion ce sont Les défenseurs du packing, vous me faites bien rire !!! ;-)

Écrit par : autisme.info31 | 14/11/2011

La psychanalyse, ce n'est pas cela !

Ce documentaire tourne en dérision la psychanalyse par des montages évidents et un réquisitoire tout à fait diffamatoire.

De plus, avec vos montages, vous faites dire, à certains psychanalystes présents dans ce document, l'inverse de ce qu'ils veulent dire. Les auteurs du reportage ont au moins ce talent, mais quelle manque de savoir vivre. N'avez-vous pas de véritables arguments à fournir pour devoir tricher de la sorte ? Un débat constructif aurait été bien plus profitable. D'autant plus que les analystes sont friands de débats, et invitent souvent des chercheurs, auteurs, scientifiques dans leurs associations. Y compris des neuropsychologues ! Alors cessons de faire passer les psychanalystes pour des personnes qui rejettent tout en bloc.

Un simple conseil pour ceux qui se poseraient vraiment des questions sur la psychanalyse, plutôt que d'écouter le témoignage tronqué de ces psychanalystes, allez les lire !

Écrit par : Ch. | 14/11/2011

Bonjour, je vous remercie tous pour vos témoignages. J’en apprécie la qualité.
J’aime les débats constructifs.
Mon propos ici n’est pas de faire un commentaire sur le film « Le Mur » puisque la justice est enclenchée. Elle fera son travail et nous livrera ses résultats par rapport aux incriminations formulées.


Je connais la littérature de Tustin et de Golse. Je comprends les fondements et la théorie sous-jacente à la vision d’une approche intégrative de l’autisme qui est également défendue par le Prof. Délion, plus connu en Romandie puisqu’il a été l’invité de collègues romands.

Si je ne partage pas, même si je respecte et en comprends l’origine, l’opposition virulente du tout éducatif contre le tout psychanalytique, je ne suis pas non plus d’accord avec Tustin et Golse encore moins avec Délion et leur vision intégrative, au fond très globalisante. Je n’ai pas dit globale.


L’approche intégrative, c’est un peu comme l’oxymore de nos poètes : certes magnifique dans ses intentions, qui n’aimerait un jour voir un soleil noir ? mais tout aussi illusoire. Cette approche a l’ambition (d’où tire-t-elle d’ailleurs la légitimité de cette ambition ?) de recréer, de refaire, de renouveler voire de réparer, de remettre en état… c’est bien le sens même du lemme integrare n’est-ce pas ?

Mais réparer quoi au fond ? des visions différentes de la prise en charge des personnes avec autisme ? Si c’était le cas, au nom de quoi se sont-ils arrogé cette mission qu’ils se sont auto-assignée en se présentant aujourd’hui comme les sauveurs d’une hypothétique sacro-sainte unité brisée ? Ne peut-on pas concevoir tout simplement qu’il y ait des théories assez inconciliables entre elles et des pratiques différentes ? Est-ce un mal ? une erreur ? une faute ? ou que sais-je : une culpabilité ?


Partant aussi désormais de la neuro-imagerie qui démontrent des anomalies au niveau du lobe temporal supérieur, Golse et confrères affirment qu’un dialogue est désormais possible entre les neurosciences et la psychanalyse, laissant espérer, de leur côté, une approche « intégrative » de l’autisme.

Le seul biais dans cette vision c’est que Golse et collègues parlent de l’autisme comme d’un trouble psychopathologique. Pour eux, si les anomalies dévoilées au niveau du lobe temporal supérieur occupent une place centrale, ce n’est pas comme lieu d’une hypothétique cause primaire de l’autisme, mais plutôt comme un maillon intermédiaire et comme un reflet du fonctionnement autistique lui-même. L’accès à l’intersubjectivité (d’où l’impossibilité d’intégrer le fait que l’autre existe en tant qu’autre) pour le « sujet autiste » s’explique pour Golse par un processus « autistisant » (concept développé par Hochmann visant à souligner que l’autisme infantile n’est pas une maladie strictement endogène, mais qu’elle se co-construit et s’organise dans le cadre de dysfonctionnements interactifs ou d’une spirale transactionnelle perturbée entre le bébé et les adultes qui en prennent soin, l’origine première du dysfonctionnement pouvant se situer, selon les cas, soit du côté du bébé soit du côté de l’adulte. Dans tous les cas, les dysfonctionnements interactifs de l’un des partenaires de l’interaction décontenancent l’autre qui, de ce fait, va répondre de manière mal adaptée en aggravant ipso facto les difficultés de son partenaire, et ainsi de suite, dans une spirale dangereuse à vocation auto-aggravante rapide.)

Bref, Golse et confrères utilisent les résultats apportés par les neurosciences dans le but de valider leur propre vision de l’autisme et surtout leur propre idée de la bonne prise en charge qui se veut, dans leur propos, la seule, l’unique valable. La meilleure en somme. La psychanalyse, depuis ses origines, a cette fâcheuse tendance à tout ramener à elle, à tout expliquer, à tout savoir, à faire plus juste, plus vrai, plus en profondeur que toutes les autre disciplines. C’est un peu prétentieux, ne trouvez-vous pas ? C’est elle, de l’aveu de ses propres tenants, qui ouvre le chemin à une réflexion heuristique…. Ouhaooo sacrée ambition…


Je pense que dans le domaine des troubles du spectre autistique, lorsqu’est un professionnel, il faut être un peu modeste et ne pas porter le discrédit sur les autres parce qu’ils ont une approche moins globalisante. Parce que l’approche neuro développementale est peut-être moins globalisante que l’approche intégrative, mais –en réalité- elle est bien plus globale.

Constater que l’intersubjectivité se « construit » dans le rapport à autrui n’est pas une originalité en soi (c’est même une tautologie), et sur ce plan, ni Golse, ni les autres ne nous apprennent grand-chose. En déduire qu’une maman qui fait un blues postpartum, par exemple (sujet dada parmi les psys) influe sur la relation à son bébé n’est pas non plus un scoop. Vous êtes d’accord ? Je connais des mamans qui ont fait un blues postpartum et qui n’ont pas d’enfants avec autisme, ni d’enfants d’ailleurs qui vont si mal que ça…ah la nature humaine a des ressources insoupçonnées… nos Anciens le savaient bien… à l’occasion je vous conseille de vous replonger dans les textes de Saint-Augustin ou -pour les réticents de la littérature patristique- Platon qui en parlent si bien…

Une vision globale (et non intégrative), elle, part de la personne elle-même et du respect que l’on doit à sa différence. Respecter sa différence ne signifie pas, mais alors pas du tout, comme nous le répètent à longueur de thèses Golse &confrères, un déterminisme, une sorte de fatalisme où primerait la croyance que l’enfant est à jamais cloisonné dans son handicap. Ce n’est pas du tout la vision ni le ressenti des parents. Bien au contraire. Partir d’une réalité, celle qu’un enfant a sa propre perception et compréhension du monde, la respecter, nous permet d’établir mieux et plus vite une relation avec lui. Accepter fondamentalement la différence, c’est reconnaître la personne avec autisme dans SON identité. Ce qui n’équivaut pas à l’enfermer dans « son » autisme. L’équation établie par les psys, à ce sujet, est du coup vraiment très réductrice.
Certes imaginer « SON » identité nous demande un effort, une manière différente de penser la subjectivité et l’intersubjectivité, qui ne soit pas, comme nous le propose-en réalité Golse et confrères- normalisante. Il suffit de lire les témoignages des personnes Aspergers pour le comprendre et s’en convaincre. Cette attitude normalisante est très clairement perceptible lorsqu’on lit Maleval et l’interprétation systématique qu’il fait des témoignages des personnes autistes elles-mêmes. Je trouve d’ailleurs peu convenant la manière de procéder: partir des ces écrits pour –en réalité justifier sa propre conception de l’autisme est –sur un plan scientifique- très discutable et sur un plan moral, pour moi, inacceptable. Mais cela n’engage que moi.

Les parents s’opposent, non pas aux psys en tant que personnes, mais à la littérature psychanalytique et à sa théorisation de la « subjectivité et intersubjectivité qui s’opère au nom de la plasticité cérébrale». C’est sur ce plan qu’il y a débat théorique. C’est sur ce même plan qu’il y a débat au niveau de l’intervention. Selon si vous préconisez que l’autisme est d’ordre psycho-pathologique ou d’ordre « biologique », c’est à-dire selon si vous affirmez que les anomalies cérébrales constatées ne sont pas la cause primaire de l’autisme, mais plutôt un reflet du fonctionnement autistique, alors ipso facto les moyens d’intervention seront différents. C’est de cela qu’il faut parler.


Et c’est de cela que nous souhaitons parler le 26 novembre prochain dans la Journée qu’Autisme Genève a organisée. Nous souhaitons un débat honnête, où les différences théoriques et d’intervention ne soient pas cachées, ni minimisées. Nous voulons un débat constructif. Que chacun dise ce qu’il fait comment, et pourquoi avant même de prétendre à absorber l’autre courant de pensée, à le nier, à l’ignorer ou pire penser qu’ils soient, au fond, par une pirouette intellectuelle, conciliables.

Sur le plan théorique et pratique, je n’ai jamais vu des présupposés théoriques divergents converger, par contre j’ai vu des principes théoriques divergents coexister en toute sérénité. Je pense que si chacun est honnête c’est vers cela qu’il faut tendre, y compris à Genève.

Les parents qui -au final- leur vie durant sont les référents de leurs enfants ont besoin de cette honnêteté sur la base de laquelle en TOUTE LIBERTE ET CONNAISSANCE DE CAUSE ils pourront ensuite choisir l’orientation théorique et pratique qu’ils veulent pour leur enfant.

Le vrai combat qui est le leur aujourd’hui, qui est aussi un combat politique, est de pouvoir avoir la possibilité de choisir. Aujourd’hui, à Genève et ailleurs, ce n’est pas encore le cas. C’est là que réside le vrai problème.

Alors, oui : tous ensemble, parents et professionnels quels que soit l’orientation, mais non pour une vision intégrative de l’autisme, mais pour que la démocratie qui garantit la liberté de choix soit assurée, dans le domaine de l’autisme, dans notre Canton. Le sens de notre combat est ici, pas ailleurs. Le reste, nos divergences théoriques et d’intervention, n’est qu’une question de débats et d’échange de points de vue entre nous, un peu comme dans une grande famille… Ne pensez-vous pas qu’il faille une liberté de choix ? Et êtes-vous d’accord de nous aider dans ce combat ?



Je vous remercie encore tous pour vos témoignages et j’espère qu’ils seront propédeutiques à un débat constructif.

Écrit par : Marie-Jeanne | 15/11/2011

"Démocratie", "liberté de choix", bien sûr, Marie-Jeanne et votre combat vous honore.

Le fait que la santé soit tributaire de la politique n'est plus à démontrer, c'est une évidence qui s'observe chaque jour et qui concerne tous les maux et pas le seul autisme.

Cela dit, rien n'empêche de réagir et de se défendre, de revendiquer comme vous vous y attachez. Mais on le sait, il ne suffit malheureusement pas toujours d'avoir des preuves à opposer à des doctrines qui ont pignon sur rue pour les voir céder. Leur capacité à s'imposer tient à des références qui peuvent parfois échapper.

Bonne chance à vous, Marie-Jeanne et bien cordialement,

Hélène

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 16/11/2011

@Témoin sceptique

Je vous cite: "Il y a aussi une hypothèse sur l'origine de l'autisme qui part des recherches sur les dommages collatéraux des vaccinations. Les études sur de grandes populations de plusieurs milliers de cas aux États Unis et en Allemagne montrent que les vaccinations précoces covarient fortement avec la prévalence d'autisme."

C'est complètement faux : aucune grande étude n'a démontré un quelconque lien entre la vaccination précoce et la prévalence de l'autisme. C'est de l'intox pure et simple. La seule étude sur laquelle les anti-vaccination basaient leurs arguments était l'article de Wakefield et ses co-auteurs publié dans le Lancet en 1998, qui portait sur 12 cas. Il est maintenant avéré que Wakefield a manipulé ses données pour obtenir son résultat, ayant reçu des fonds d'opposants à la vaccination. Parmi les 12 co-auteurs de l'article, 10 se sont rétractés. L'article a été retiré par le Lancet. Wakefield a été reconnu coupable de fraude scientifique et il lui est interdit de pratiquer la médecine.

Il est clair qu'à répandre de fausses informations sur le lien entre vaccination et autisme, en dépit du démenti catégorique des scientifiques, vous pouvez toujours espérer qu'un doute subsitera dans l'esprit de vos lecteurs. Effectivement, une telle désinformation fait son travail de sape et de nombreux parents, croyant bien faire, renoncent à faire vacciner leurs enfants. Avec pour résultat une diminution de l'immunité dans la population qui favorise la résurgence de la rougeole, et à la clé des décès d'enfants parfaitement évitables.

Vous l'aurez compris, répandre une telle désinformation est totalement irresponsable. Les parents des enfants autistes ont déjà assez de fil à retordre avec l'imposture pdychanalytique. Inutile d'en rajouter une couche avec votre intox sur la vaccination.

Écrit par : Pascal Diethelm | 23/11/2011

Il est clair que les parents d'enfants autistes doivent avoir la liberté de choix. Mais lorsque les parents sont bien informés et ont à leur disposition un véritable choix, avec un accès identique à chacune des possibilités, ce choix est en général évident et aisé. En effet, il n'est pas difficile de choisir entre une thérapie qui n'offre aucune chance d'amélioration à leur enfant tout en culpabilisant les parents et d'autres thérapies qui donnent de véritables chances de vivre une vie épanouie à l'autiste, tout en étant d'un grand réconfort pour les parents. Le problème est qu'aujourd'hui un tel choix n'existe pas.

Par contre, les institutions qui dépendent de l'argent public ne peuvent pas le dépenser en soutenant des méthodes dont l'efficacité n'est pas démontrée et qui sont par ailleurs nocives, puisqu'elles stigmatisent des parents qui sont déjà dans une grande détresse. Elle le peuvent d'autant moins qu'il existe d'autres méthodes ayant fait la preuve de leur efficacité. Ces institutions n'ont pas le droit de tergiverser plus longtemps : elles doivent faire un choix, les fonds publics à leur disposition n'étant pas inépuisables.

Et si le désir de faire coexister des principes théoriques divergents est tout à fait louable, encore faut-il que ces principes théoriques méritent leur nom. On ne peut pas faire coexister une pseudo-science avec la science, l'une étant la négation de l'autre. Chacun d'entre nous est libre de croire à l'astrologie, mais cette superstition ne peut prétendre au titre de "principe théorique" pour réclamer le droit d'être pris sur un pied d'égalité avec de véritables principes théoriques, car elle n'adhère pas aux règles fondamentales nécessaires à l'avancement de la connaissance, et en particulier la réfutabilité. Il en est de même avec la psychanalyse. Le meilleur sort qui peut être réservé à la psychanalyse est de la ranger dans le musée des idées anciennes qui ont marqué leur époque et qui ont exercé sur le cours de l'histoire une certaine influence, positive et négative, mais qui sont totalement obsolètes depuis longtemps. Il faut se défaire du carcan freudien : pour parler le jargon des psychanalystes, ils doivent définitivement se dégager de l'emprise qu'a sur eux leur père spirituel, Freud, en commettant le geste libérateur du parricide intellectuel et faire ensuite leur deuil de la psychanalyse. C'est le plus grand service qu'ils pourront se rendre à eux-mêmes (en se reconvertissant, ils découvriront qu'on vit très très bien sans Freud) et à la psychologie, et, par ricochet, aux autistes et à leurs parents.

Écrit par : Pascal Diethelm | 23/11/2011

Sur ces sites
http://desmotsgrattent.blogspot.com/
http://dupuiselise.canalblog.com/archives/2011/11/29/22806022.html

vous trouverez

a) l’analyse du film opérée par un psychanalyste de la même Association que les 3 plaignants (Ecole de la Cause Freudienne)

b) une analyse des sophismes apparaissant dans cette analyse : Mensonges (points 1 et 2), Insinuations malveillantes (point 3), Evocation d’un seul cas pour démontrer la pertinence des traitements (point 3), Conception grotesque de ce qu’est la science (point 4), Logomachie (point 5), Double langage (point 6), Pseudo-explications par de simples analogies (point 7,) Le « tic de l’étic » (point 8)

Écrit par : Jacques Van Rillaer | 01/12/2011

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