17/02/2012

Les personnes autistes ont-elles besoin de psychiatres pour se "sentir mieux" ?

Lorsqu'une question aux apparences épineuses se pose, il faut aller chercher des réponses les plus objectives possibles, afin d'éviter l'écueil des emportements émotionnels, même si ces derniers peuvent se comprendre.

 

Attaquée de toute part, menacée par la Haut Autorité de Santé elle-même, la psychiatrie est malmenée en France et mise au ban des approches utiles pour les personnes autistes. Est-ce raisonnable ? Les psychiatres pourraient-ils tout de même aider nos enfants à se "sentir mieux" comme ils le prétendent ? Certains, comme le Prof. Golse, parlent d'accompagner l'enfant "dans sa sortie de la bulle autistique" , sortie si traumatisante à ses yeux ...

 

La question mérite d'être posée, en effet. Il y a déjà des réponses à ces questions:

 

1/ Les personnes autistes elles-mêmes ont écrit beaucoup de témoignages, riches en enseignements. De manière quasi unanime, elles disent que le psychiatre auxquelles elles ont été à un moment ou à un autre de leur vie confronté si il ne leur a pas fait de mal (heureusement !!!), il ne leur a pas été non plus utile. Beaucoup d'aspies parlent de ce rapport comme d'une discussion souvent protocolaire et sans intérêt. Temple Grandin nous rapporte l'anedocte qu'elle appréciait les M&Mns du psychiatre et que pendant ses deux ans de consultation, sa maman avait autant enrichi le psychiatre en question que le fabricant des M&Ms. Gunilla Gerland dit même que la pensée freudienne, malgré son intérêt intellectuel, était en réalité  dangereuse pour sa manière à elle d'être.

 

Je pense que les personnes autistes (et j'en connais beaucoup, beaucoup, beaucoup.... n'ont besoin d'aucun transfert et de contre transfert... grand dada des psys,  pas utile pour leur manière d'être...mais pour cela il faut comprendre l'autisme de l'intérieur... Je conseille à ce sujet la lecture du livre de Hilde de Clercq, Autism within....)

 

2/ dans le autres pays, depuis plus de 30 ans, la psychiatrie n'est plus du tout une référence ni du tout utilisée au niveau de la prise en charge des personnes autistes. Ces dernières s'en portent-elles moins bien ? La réponse est très simple à trouver... La prise en charge éducative leur suffit amplement et leur permet d'atteindre l'automomie sociale souhaitée. Certes, il reste des efforts à faire pour mieux assurer leur vie durant les mesures d'aménagements dont elles ont besoin, mais elles n'ont en tout cas  pas besoin de psychiatres, à moins qu'à leur autisme, ce qui peut arriver comme à n'importe quel autre commun mortel,  se rajoute une maladie psychiatrique.

 

Il faut rester dans son champ d'action. La psychiatrie doit s'occuper de problèmes psychiatriques. L'autisme n'en est pas.

 

3/ La personne autiste a besoin d'un suivi psychologique. Qui dirait le contraire ? Psychologique ne veut pas dire psychiatrique !  Ailleurs ce sont des psychologues et non des psychiatres (bien plus chers... et si peu adaptés avce leurs "grilles habituelles"  de lecture) qui assurent ce suivi... et si le psychologue est bien formé à comprendre "l'autisme d l'intérieur" et donc qu'il connaît les approches éducatives...il n'y a aucun souci pour aider l'enfant.... Il y a, ailleurs, des services d'Etat entiers qui fonctionnent de cette manière... sans souci!

 

4/ Les familles des personnes autistes sont une force et le vrai pilier de la personne autiste. Si la famille est opposée à une prise en charge psychiatrique (ou psychodynamique), le psychiatre doit-il imposer "sa" vérité -non corroborrée - à celle de la volonté des parents ? Je ne pense pas que cela soit très judicieux ni très efficace... Je ne pense qu'on puisse aider, selon des principes propres, MALGRE les autres et surtout malgré les parents et la personne autiste elle-même !

 

 

Ainsi, dans les autres pays, depuis fort longtemps, les deniers publics ont été concentrés sur les services aux familles, sur la prise en charge précoce, sur les mesures d'intégration et d'inclusion (scolaire et professionnelle) et  sur le développement constant des approches éducatives.

Pourquoi la France ou la Romandie devraient-elles faire autrement ? Par goût du particularisme ? Par goût des dépenses publiques ? Parce qu'elle croit, envers et contre toutes les évidences, avoir trouvé un nouveau chemin, celui du compromis ? Mais ce compromis, il sauve quoi ou qui exactement ?? L'enfant ou la psychiatrie elle-même par rapport à l'autisme ?

 

Nous sommes heureux de voir que sous la pression des associations, qui s'appuient sur des données scientifiques,  ces vingt dernières années, les psychiatres ont fait une nette évolution dans leur propos: beaucoup (mais pas tous encore...) admettent désormais l'origine biologique de l'autisme, ils reconnaissent des erreurs dans leur relation aux familles, ils préconisent aujourd'hui l'approche multidimensionnelle (éducative, comportementale et évidemment psychiatrique), ils sont favorable à l'inclusion.... ouhaooo vraiment ils ont fait des efforts considérables.

 

On va leur demander d'en faire un dernier, qu'en pensez-vous ? On va leur demander de regarder ce qui se fait ailleurs, si bien, depuis longtemps. Le nombrilisme a ses limites, surtout en période de crise budgétaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

06:42 Publié dans Autisme - alors ça bouge ou pas ? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

mais non ce n'est pas ce que mes propos sans doute mal interprétés voulaient signifier,c'était pour mettre en garde contre beaucoup de manipulateurs dangereux ayant pris l'apparence de psychiatres et qui n'en sont pas.On sait qui veut détruire la psychiatrie,il suffit juste de savoir lire et faire des recherches afin de corroborer les doutes émis par des anciens psychiatres de grande renommée qui avaient senti le vent tourner en défaveur d'une profession qui se doit d'être remise à l'honneur et ce grâce aussi à une école de Psychiatrie comme celle qui exista en Suisse.
L'autiste a besoin de ses parents en premier surtout et seulement au cas ou cela devient trop difficile le placer dans un foyer genre Perce neige,des foyers homologués et non entre des mains de pseudo guérisseurs délégués par qui l'on sait
En plaidant la cause psychiatrique c'est surtout pour montrer aux gens qu'à une certaine époque ceux qui ont été internés malgré eux échappèrent aux travaux des champs dés l'âge de deux ans,des sévices corporels et sodomies pratiquées par des gens pronant l'amour de Dieu
Les décès des parents obligeait malheureusement au placement des enfants il est important de le souligner aussi

Écrit par : lovsmeralda | 17/02/2012

Merci Marie-Jeanne pour cet écrit. le ton est juste comme à votre habitude :-)

Écrit par : Josiane | 24/02/2012

Ce qui est en cause en France n'est pas la psychiatrie, terme très général, qui englobe de nombreuses approches des maladies mentales, mais la psychanalyse, et en particulier son rôle dans le traitement de l'autisme.

En vous lisant, on a l'impression que pour vous, psychiatrie soit synonyme de psychanalyse. Serait-ce qu'en Suisse, la psychiatrie est à ce point dominée par la psychanalyse que ces deux notions se confondent? Si tel était le cas, il y aurait lieu de s'inquiéter sur l'état de la connaissance scientifique dans votre pays en matière de thérapie des maladies mentales, qui ne serait alors pas beaucoup plus avancé que notre situation française, alors que l'on s'attend à ce qu'un pays aussi riche que le vôtre, qui dispose d'une extraordinaire densité d'institutions médicales universitaires prestigieuses, soient aux avant-postes du progrès en la matière.

Écrit par : Pat74 | 24/02/2012

opsss non je voulais dire psychanalyse :-( c'est ça d'écrire avant d'avoir bu son café du matin... sorry. Mais il y a tout de même lieu de s'inquiéter en Suisse, pour l'instant, en tout cas. Espérons que nos prestigeuses institutions médicales universitaires (je suis entièrement d'accord avec cette observation) suivent le bon cap en ce qui concerne l'autisme pour devenir à nouveau des leaders en Europe. On en a toutes les capacités et toutes les ressources.

Écrit par : Marie-Jeanne | 24/02/2012

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