03/04/2013

Autisme: au cœur des débats

L'autiste, comme vous et moi, est. 

On naît "essence", par accident "être", on ne le devient pas.

A partir de l'être il n'y a pas une "existence" qui ressemble à l'autre. "Être placé" dans le monde, y occuper "une position permanente", exister en somme, est le défi que chaque être doit relever, qu'il soit autiste ou pas.

 

Il ne faut pas mélanger essence, être et exister. Il faut par contre s'interroger sur le sens de "devenir".

A partir de quand "devient-on" ?  Tout est-il vraiment pré / déterminé ? Et s'il y a "détermination" cette dernière n'est-elle pas le fruit d'un lien entre le dedans et le dehors ?

 

Avec ces questions nous sommes au cœur de la problématique (est-ce d'ailleurs une problématique ?) "autisme" ou devrait-on dire "autismes".

 

Les principaux travaux des psychanalystes de ces dernières années partent du présupposé que les autismes relèvent de troubles relationnels dont la genèse est à situer dans les premières années de la vie. Il y aurait quelque chose "qui ce serait mal passé" causant des troubles graves dans la relation à l'autre et au monde. Les psychanalystes distinguent comme "problème" soit une "dépression primaire" qui engendrerait un autisme sévère (dit structurel), soit une "dépression précoce", qui engendrerait les autres autismes (dont on peut sortir). Je simplifie à peine. Les autismes seraient la manifestation de l'une ou l'autre de ces deux formes de dépressions qu'un terreau biologique (entendez soit génétique, soit neurologique, soit biochimique ou autres variantes du genre) favoriserait. Fort de cette hypothèse (parce qu'il s'agit bien d'une hypothèse) les psychanalystes s'affranchissent ainsi du rôle du méchant culpabilisateur des parents (surtout la mère), accusés (dans un proche passé par ces mêmes psychanalystes – je tiens tout de même à le préciser) d'être la cause directe de l'autisme de leur enfant.  Les autismes seraient en résumé des troubles précoces de la personnalité, dus à une "dépression" de l'embryon, du nourrisson, du bébé ou du jeune enfant, dépression qui serait l'expression de sujets mal assurés de leur existence, toujours menacés d'une dépossession du sentiment même d'existence.

 

Mais de quoi parle-t-on exactement: de l'essence, de l'être ou de l'existence ?

 

Et si l'hypothèse de base, celle de la dépression (quelque soit sa forme) était fausse? La question mérite d'être envisagée, non ?

 

L'être est ce qu'il est, telle est la question. L'existant peut être ce qu'il n'est pas. C'est une autre question. L'autiste est. Est-il pour autant déterminé ? L'existence ne l'est jamais. Et l'être ?

 

L'opposition biologie / psyché qui -sur un plan plus fondamental- pourrait se traduire par ontologie / sujet existe depuis que la pensée est pensée. Vouloir confondre ces deux plans, vaste ambition de la psychanalyse contemporaine, c'est vouloir confondre l'être et l'existence. Le cadre posé est ambitieux: les ontologistes, entendez les tenants du tout biologique&autres variantes seraient des déterministes ôtant ipso facto toute forme de liberté à l'être (l'être ou l'existant?); les psys, eux, entendez les garants de la "subjectivité" assureraient à l'être (l'être ou l'existant?) sa singularité.  Sur cette hypothèse (toujours pas plus étayée que d'autres), les psys new age se proposent d'être les potentiels sauveurs de nos enfants, sorte de  Zorro de l'époque contemporaine qui pourraient contrecarrer, par des outils thérapeutiques appropriés, le processus négatif exponentiel dans lequel nos chers chérubins s'enfermeraient (le processus autistisant pour reprendre des termes plus "scientifiques" – paraît-il).

 

La question de l'intersubjectivité reprise par les psychanalystes n'est pas une exclusivité des psychanalystes, contrairement à ce qu'ils veulent faire croire aux politiques ou à la HAS (Haute Autorité de la Santé) peut-être (prête à changer de position) ? Le fait que les publications s'enchaînent depuis moins d'un an corroborant toutes la même idée est hautement suspect. Quelqu'un est-il encore dupe ?

 

Leur idée (si modeste) se résume à: "sans les psys l'autiste n'a pas accès au processus d'intersubjectivité et de subjectivation, donc il n'a aucun espoir de "guérison".

 

Beihn zut alors: les autistes du monde entier sauf ceux qui ont l'extraordinaire chance d'habiter en Romandie ou en France (où il y a plein de psys J) n'ont pas accès à leur subjectivité L !  Incroyable, ça: les pauvres. Soyons sérieux: c'est très gentil de la part des psys de la région lémanique et de la France de vouloir parler au nom des autistes de la planète entière et de se considérer comme les sauveurs de la "singularité" de nos enfants contre tous ces autres spécialistes engoncés (par des intérêts mercantiles évidemment) dans l'obtus déterminisme biologique, mais il faudrait peut-être relativiser un peu leur prétention, somme toute assez dogmatique, vous ne trouvez pas ?

 

De là à faire une lecture sociologique de cette opposition ontologie/sujet, déterminisme/liberté il n'y a qu'un pas à franchir. Et il a été franchi. Les déterministes sont les sales capitalistes qui font de la santé un domaine quelconque d'investissement financier soutenu par les entreprises pharmaceutiques et de l'autre, il y a les gentils psys (qui comme tout le monde le sait travaillent gratuitement) qui garantissent à l'humanité (soyons ambitieux) le sens de la liberté singulière ! Mais cette lecture caricaturale bien que stimulante pour les neurones est profondément pessimiste en réalité. Elle est même déprimante tant elle est cloisonnée par des principes de pensée et de langage… Les psys ne font pas confiance à l'être, ils partent de la pensée. Erreur. C'est eux qui catégorisent et ils ne s'en rendent même pas compte ?

 

Mon combat, à moi, pour les enfants autistes est aussi digne, j'ose le croire, que celui mené par d'autres qui ont la possibilité de le dire plus fort. Mon combat pour mon enfant aussi est digne. Ou ces psys new age voudraient-ils aussi nous enlever -au profit de leur hypothèse- notre sens de la dignité pour lequel nous défendons les droits fondamentaux de nos enfants ? Que doit-on répondre à ce mépris pour les parents ?

 

Je crois fondamentalement que l'être vivant naît libre. Sa liberté est inscrite dans ses gènes. C'est une hypothèse comme une autre.

 

Je crois donc que sur le plan existentiel il faut laisser à chacun sa liberté d'expression, extension de sa liberté constitutive. C'est pourquoi, je prône –depuis le début – la liberté pour les parents de choisir l'accompagnement qu'ils désirent pour LEUR enfant (il s'agit bien de LEUR enfant). Pour garantir cette liberté de choix (démocratique), il est nécessaire de créer des infrastructures alternatives aux seules existantes aujourd'hui dans nos contrées, où la prise en charge proposée est exclusivement  d'orientation psy (old & new age). C'est cela que les parents (si décriés) dénoncent. Ils veulent avoir la possibilité de CHOISIR.

 

En partant de leur hypothèse, les psys new age condamnent d'emblée cette possibilité, affirmant que leur hypothèse est l'unique possible, la meilleure pour la "santé" de l'enfant.  Je répète: et si leur hypothèse de base, celle de la "dépression" était fausse ? Le système s'écroule.

 

La psychanalyse n'a pas le monopole de la genèse de l'"intersubjectivité" et/ou de la "subjectivité", loin de là. Si on le souhaite, on peut même se passer totalement de leurs interprétations. Voilà la liberté à laquelle aspirent les parents pour LEUR enfant.

 

L'homme naît libre, il ne le devient pas. Hypothèse si riche en espoir (aussi), à explorer.

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