30/10/2015

Pour apprendre, il faut se taire. Et écouter.

La plus grande difficulté ce n’est pas de naître ni d’être autiste, c’est d’être autiste avec des non autistes. C’est d’être une minorité qui dépend d’une majorité qui agit sans savoir. Pire qui prétend savoir.

Mon fils, autiste, m’a appris une chose essentielle : celle d’écouter, de l’écouter.

Il est vrai que c’était le seul moyen de comprendre. Il faut dire qu’il y a un peu plus de dix ans maintenant, lorsqu’il n’était encore qu’un jeune enfant, ce n’est pas lui qu’on m’invitait à écouter, mais plutôt tous ces autres, plus grands, plus solennels, plus savants, dont je n’oublierai jamais ni le nom, ni le visage, ni les mots. Des mots vides de sens.

Mon fils, autiste, m’a appris une chose essentielle : celle de mettre du sens sur ce que ces autres prétendaient à tort être du non-sens.

 

C’est en écoutant mon fils que j’ai appris.

 

J’ai écouté son regard, ses gestes aussi bizarres semblaient-ils, j’ai écouté ses tournoiements incessants, j’ai écouté sa manière de ranger et encore ranger et encore ranger et encore ranger mes livres sur cette étagère poussiéreuse de ma vieille bibliothèque qui me servait alors de repère. Repère. J’ai écouté son cœur. Et un jour, j’ai pu écouter des mots. Des mots pleins de sens.

 

C’est en écoutant son regard, ses gestes, ses tournoiements, ses rangements, son cœur et peut-être aussi ses mots que j’ai appris.

 

Pour apprendre, il faut se taire. Et écouter.

 

Ensemble, nous avons commencé à tracer un chemin, lui et moi, en ramassant au gré de nos pas tout ce qui nous permettait d’avancer et nous avons avancé. Nous avançons encore. Au début, je mettais bien plus de cailloux que lui, mais les brindilles qu’il ramassait colmataient déjà ce que mes cailloux ne pouvaient remplir.

Aujourd’hui c’est moi qui ramasse les brindilles et lui les cailloux. Il a 16 ans. Le chemin derrière nous est long, très long.

Et demain ? Demain, je le regarderai ramasser ses cailloux et ses brindilles. Et je me dirai sûrement que tous ces autres, plus grands, plus solennels, plus savants, dont je n’oublierai jamais ni le nom, ni le visage, ni les mots avaient bien tort de ne pas croire que son regard, ses gestes, ses tournoiements, ses rangements, son cœur et peut-être même ses mots avaient depuis toujours du sens. Le sens de sa vie.

 

Pour apprendre, il faut se taire. Et écouter.

 

Sur son chemin, mon fils, a toujours choisi : au début son choix avait le poids d’une brindille, aujourd’hui d’un caillou et demain il aura le poids de mille brindilles et de mille cailloux.

 

N’est-ce pas là la meilleure manière de s’autodéterminer ?

 

Pour comprendre, je vous invite à participer à une matinée réalisée par des conférenciers, débatteurs, protagonistes eux-mêmes autistes. Une matinée qui questionne sur la capacité que nous avons vraiment à les écouter.

samedi 7 novembre 2015 de 9h à 13h

au centre médical universitaire (CMU) A 250

Avenue de Champel 9, Rue Michel-Servet 1, Genève

 

Infos : http://autisme-ge.ch/5em-colloque/

 

Affiche_7 NOVEMBRE.jpg

Commentaires

@Madame Beatrix on ne peut hélas que vous donner raison et cela concerna tout le monde qu'on soit autiste ou pas
Le monde actuel n'a plus que des mots comme logiciels en bouche ou console pour permettre à papa et maman de pianoter ailleurs
Quand à la logique du ciel ou des astres excusez du peu mais il suffit de voir à quoi jouent les planètes pour comprendre à quel point ceux qui se font guider par n'importe qui sans prendre le temps du recul ,tous sans exception finiront dans le mur des désillusionnés
L'écoute est un don qui de nos jours disparait aussi vite qu'un nuage et c'est normal le numérique incite plus à prendre son pied que son temps pour écouter l'autre
Trop d'images tuent aussi l'envie d'écouter ,on a pas le temps voilà ce qu'on entend le plus souvent et c'est quand le destin s'en mêle et rarement tendrement que l'humain prend conscience ce que le bruit et les différents stress qu'il s'impose souvent de lui même lui avait perdre de vue c'est à dire que l'autre n'est pas un ordinateur
le tout informatisé a causé de nombreux dégâts relationnels !
Très belle journée pour Vous Madame

Écrit par : lovejoie | 31/10/2015

Merci pour ce magnifique texte ! suis infiniment touchée même si mon expérience de maman est bien différente il n'empêche qu'écouter, observer, favoriser les choix, bref...pour moi aussi ce texte est source de réflexion.
Merci !

Écrit par : Anne Perrier | 31/10/2015

J'adhere à 100%
Mon fils cherche de l'aide!
Nous avons besoin de conseils.....prise en charge pas adaptee

Écrit par : Béatrice Bertin-Murat | 03/11/2015

Madame,
je travaille avec des enfants autistes sur le canton de Genève. Je passe beaucoup de temps à me taire, à écouter, à regarder, à accompagner, à stimuler, à tenter de rassurer; je fais de mon mieux et mets mes tripes dans ce métier d'éducateur social tout comme, me semble-t-il, la grande majorité de mes collègues. Nous assumons notre fonction et notre rôle auprès des enfants autistes par conviction et non par dépit. Le sens peut ne pas avoir la même signification en fonction de chacun. Il n'y a pas de vérité me semble-t-il mais uniquement des réalités propres au vécu de chacun.
Bonne suite

Écrit par : reno | 04/11/2015

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