27/02/2016

L'école inclusive: changer nos "représentations"

La question de l’inclusion est devenue un sujet politique. C’est même un des axes prioritaires du DIP.  Nous nous en réjouissons.

 

 

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C’est un sujet toutefois qui prête à confusion et qui crée des tensions. Ce n’est pas étonnant. Il y a souvent une mauvaise compréhension du terme même d’« inclusion ». Chaque acteur sur le terrain en ayant sa propre perception et définition. Il y a ceux qui pensent qu’elle correspond à un idéal, certains qu’elle n’est possible qu’en passant  préalablement par l’étape « intégration », d’autres encore imaginent que le simple transfert du dispositif du spécialisé au sein de l’école ordinaire suffira et quelques personnes enfin, apparemment peu informées, croient que l’inclusion médicalisera l’école. Difficile dans ces conditions de dégager une convergence.

 

De cette façon, chacun se fait sa propre « représentation » de l’inclusion.  Une représentation qui se forge au gré du crédit qu’on attribue aux personnes handicapées et de la place que la société leur accorde. Dans notre canton, les enfants à besoins spécifiques  sont, dès leur plus jeune âge, séparés de leurs pairs : quelle représentation pourrions-nous donc bien en avoir, sinon celle d’enfants « faibles », « déficitaires », « à réparer » ? D’enfants qui nécessitent d’être « à part » parce qu’ils sont différents et qu’il a été décidé de traiter la différence en mode séparé (pour leur bien) ?

La ségrégation est historique dans notre canton. Mais elle repose sur un faux postulat, celui de croire que l’exclusion est préférable à l’union, et sur une confusion, celle d’attribuer au terme « séparé » le sens de « désunir » et non celui d’« isoler ». N’importe quel élève, y compris un élève à besoins spécifiques a parfois besoin d’être « isolé » pour mieux apprendre, mais il n’a jamais besoin d’être désuni de ses pairs.

Comment faire évoluer notre « représentation » des enfants à besoins spécifiques ?

Peut-être faudrait-il s’interroger sur la formation pédagogique et ses filières. Les outils employés par les enseignants dits spécialisés sont en réalité très utiles pour tous les élèves.  Clarifier les espaces, fournir des supports visuels, structurer les tâches, mais aussi soutenir les efforts de l’élève en mettant en place des systèmes motivationnels concrets sont des mesures simples et utiles pour quiconque. La seule différence, peut-être, c’est que pour l’élève autiste et pour tous ses camarades à besoins spécifiques, ces outils sont tout simplement incontournables.  Mais au détour de cet incontournable, il y a la rencontre et le partage. N’est-ce pas là aussi le sens du métier d’enseignant : offrir des espaces d’échanges ?  Créer des liens, plutôt que de les défaire ?

Pourquoi séparer des enfants lorsqu’on peut, au contraire, les faire se rencontrer ? Pourquoi voir le déficit, là où il y a en réalité un potentiel ?

Peut-être faudrait-il s’interroger sur l’organisation de nos ressources humaines et logistiques. Est-il envisageable de diminuer plutôt que de penser toujours à augmenter ? Pourquoi augmenter le nombre d’intervenants peu qualifiés plutôt que de diminuer le nombre d’élèves par classe ? Ce moins deviendrait un plus pour tous, ne le pensez-vous pas ? Est-ce que l’idée d’avoir une classe à moindre effectif avec un titulaire formé et un assistant formé paraît si insensée ? Et y  en réfléchissant bien, n’aurions-nous pas déjà la majorité des ressources à disposition ?

Pourquoi séparer des enseignants tous qualifiés lorsqu’on peut au contraire les faire se rencontrer, et favoriser leur collaboration dans un même espace ?

 

Peut-être faudrait-il s’interroger sur les espaces eux-mêmes.

 

Réunir, organiser des espaces de travail distincts, combiner des moments d’apprentissage isolés, plus individuels et des moments collectifs, visualiser, concrétiser… c’est tout cela que l’école inclusive favorise. N’est-elle pas tout simplement  l’école des enfants ? Les enfants, c’est connu, n’ont pas tous la même forme d’intelligence, ils n’apprennent pas tous de la même manière.

Pourquoi compartimenter, uniformiser les apprentissages alors que le développement même de l’enfant n’est que flux ?

 

Peut-être faudrait-il s’interroger sur le droit. Les droits fondamentaux de nos enfants d’être parmi leurs pairs et de partager avec eux les rires de l’enfance, ses questionnements et ses espoirs.

L’école inclusive ce n’est rien d’autre que tout cela : partager des savoirs, partager des espaces,  alterner des apprentissages collectifs et individuels, adapter les ressources pédagogiques, respecter le droit de l’enfant d’être reconnu dans son intelligence. Cette école-là nous donne une magnifique opportunité de faire évoluer nos « représentations » du handicap.

Aujourd’hui nos enfants, de fait, sont exclus de la société, parce que physiquement placés dans des lieux de vie, lieux de travail, lieux de loisirs séparés des autres, des autres définis « normaux ». Normaux ?

Genève a créé une économie (onéreuse) parallèle, celle des handicapés. Un choix qui aujourd’hui est pointé du doigt par des instances internationales de la défense des droits humains.

Mettre le droit au centre de tous les dispositifs, qu’ils soient politiques, économiques ou sociétaux : voilà ce à quoi nous invite la mise en place de l’école inclusive de demain. C’est le message que le DIP a livré lors de la journée qu’il a consacrée, en novembre 2015, à l’école inclusive.

Une révolution inéluctable est en marche, une révolution aussi importante que celle qui a amené le droit à la liberté d’expression, le droit de se réunir, le droit à l’égalité des races… C’est une belle révolution et, à terme, j’en suis sûre, rien ne nous semblera plus absurde, comme il nous semblerait absurde aujourd’hui de défendre l’apartheid, qu’on ait pu croire que la séparation était préférable à l’union, que la création d’une « société » parallèle, identifiée par le label « besoins spécifiques », était plus appréciable que l’union.

C’est le droit et le droit seul qui a mis fin à ce que nous percevons aujourd’hui comme des absurdités. Alors, nous avons le droit, je pense, de rêver en ce qui concerne l’avenir de nos enfants…

 

L’école inclusive est une école qui épouse le mouvement. Epouser le mouvement est le meilleur moyen de le conserver. Et le mouvement, c’est la vie.

 

 

 

 

06:17 Publié dans Autisme - école - inclusion | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | Pin it! |