19/03/2016

Inclusion scolaire: la guerre des chiffres n'aura pas lieu

 De quoi parle-t-on lorsqu'on parle d'inclusion ?

 

Lorsqu'on est parent, on parle avant d'un parcours de vie, celui de son enfant. Un enfant né différent.

 

Très vite, on se rend compte que sa vie, sa vie personnelle, sa vie familiale, sa vie professionnelle, sa vie sociale va être changée par cette différence. On s'y prépare, plus ou moins, parfois moins que plus.

 

On comprend assez vite qu'il va falloir chercher au plus profond de soi-même des forces spéciales, des forces qu'on ne soupçonnait peut-être même pas d'avoir. Mais on les a.

 

Lorsqu'on est parent, on parle avant tout de son enfant. De son parcours.

 

Tout débute par une inquiétude.

 

Il ne parle pas, peu, autrement

Il ne joue pas, peu, autrement;

Il ne regarde pas, peu, autrement;

Il ne mange pas, peu, autrement

Il... pas, peu, autrement...

 

Pas, peu. Autrement.

 

Cela continue par un "ce n'est pas grave".

 

Il y a quand même du "peu", du "autrement" et on met au pas les pas. Et on avance.

 

Puis, au bout d'un moment, ça finit par: "il est autrement".

 

Pas beaucoup.

Un peu.

On ne sait plus.

 

La vie devient dès lors un défi: les actes les plus anodins du quotidien une épreuve à surmonter.

 

On comprend assez vite qu'il va falloir chercher au plus profond de soi-même des forces spéciales.

 

Et on poursuit. On dort parfois un peu moins, on remonte comme on peut le courant à contre-courant et on puise, par ci, par là, des petites forces, des sourires, du soutien, du répit. Mais si peu.

 

On vit au quotidien les regards, mais ce n'est pas encore trop grave. Puis on vit l’exclusion, comme une gifle. Là cela devient bien plus grave. Puis, peu à peu le monde devient de plus en plus petit. Il est maintenant minuscule. On vous a volé tous les possibles.

 

Votre enfant a maintenant quatre ans et le monde, pour lui, est devenu minuscule. On lui a volé tous ses possibles.

 

Vous comprenez alors, pardon, on vous fait comprendre alors que votre enfant est vraiment différent.

 

Et la différence ici se traite ailleurs. Si possible loin, à l'abri sans doute des regards.

 

Alors, on continue à se battre, en dormant encore un peu moins parfois, en remontant le courant encore un peu plus à contre-courant et en puisant, par ci, par là, des petites forces, des sourires, du soutien, du répit. Mais si peu.

 

On sent quand même un peu la fatigue. Et votre enfant qui grandit. Là-bas, à l'abri des regards. Mais, pour son bien, disent-ils.

A la fatigue s'ajoute alors un brin d'amertume. Mais on l'enfouit, au fond, tout au fond de soi, là où se cachent les forces. A quoi pourrait bien servir l'amertume ?

 

De quoi parle-t-on lorsqu'on parle d'inclusion ?

 

Lorsqu'on est parent, on parle avant d'un parcours de vie, celui de son enfant. Un enfant né différent.

 

On ne parle pas de chiffres, on n'a pas le temps. Ce n'est pas intéressant pour un parent. Chiffres de quoi ? A celui qui inclut le plus ? A celui qui s'enorgueillit de dire ce qu'il ne fait pas ? A celui qui dégoise à tort ?

 

Quels chiffres ?

 

Un parent n'a pas besoin de chiffres: il sait. Sa mesure est celui de son quotidien. C'est son quotidien et celui de son enfant qui mesurent le bien.

 

Ici, le bien est ailleurs. Loin. Si possible des regards.

 

Ailleurs, j'ai pu mesurer que le bien était bien là. Au quotidien. Je n'ai pu mesurer sa grandeur parce que la grandeur ne se mesure pas.

 

Quels chiffres ?

 

De quoi parle-t-on lorsqu'on parle d'inclusion ?

 

Moi, je parle de mon enfant. Celui a qui on a dit "non". Non ta place n'est pas à l'école. Non ta place n'est pas parmi tes pairs. Exclu. Sous le regard de tous, acteurs et garants du système.

Là-bas, on lui aurait dit "oui". Voilà ce que je comprends. Il aurait eu sa place à l'école, une place à sa mesure. Il aurait été avec les autres enfants de son âge. Inclus. Reconnu. Un élève, tout simplement. Là-bas, il aurait été lui. On ne lui aurait pas volé ses possibles.

Alors, non, la petite guéguerre des chiffres n'aura pas lieu. Celle qui essaye de justifier l'injustifiable, celle qui essaye d'embrouiller, de masquer, celle qui essaye de sauver quoi au juste ? Les choix d'antan ? Ceux qui qualifiaient nos enfants d’"arriérés" ? Ceux qui faisaient croire que nous étions des avant-gardistes ?

 

L'exclusion n'a jamais été une idée avant-gardiste. Ou le croit-on ici ?

 

Non: la guéguerre des chiffres n'aura pas lieu. Celle qui veut sauver les apparences. Celle qui veut masquer la réalité.

 

De quoi parle-t-on lorsqu'on parle d'inclusion ? Mais demandez donc aux parents.

 

Ici, dans notre pays, on parle d'enfants laissés au ban. Leur vie durant.

 

Là-bas, on parle d'élèves assis sur les bancs. Acteurs de leur vie.

 

 

Alor non la guéguerre des chiffres n'aura pas lieu.

 

Nous, on veut juste parler de nos enfants. Ceux à qui ici on a dit "non" et à qui, là-bas, on aurait dit "oui".

 

Voilà ce qu'est l'école inclusive. Une école à qui on ne dit pas "non" à des enfants parce qu'ils sont différents.

 

 

Je vous invite à découvrir l'école de là-bas

https://www.facebook.com/Autisme-Genève-767505886694877/?...

 

 

inclusion en classe ordinaire avec une AIS-2.jpg

Commentaires

bonjour
notre fils autiste asperger actuellement en ulis. est pas compris par sa maitresse. nous lui avons expliquer fourni des pictogammes etc, pris rendez vous avec la directrice, parler avec l enseignante réferante. interpellé l inspection académique et rien ne bouge. nous sommes arrivé a le récupérer tous les midis pour manger avec moi (80 kilometres chaque jour). et le garder a la maison les mardis et vendredi après midi. voila notre situation. que pouvons nous faire de plus dorénavant ?

Écrit par : herrou | 20/03/2016

Stagiaire éducatrice, autrefois, j'eus le privilège d'assister au travail de Renée Delafontaine avec des enfants pas en mesure non forcément de suivre un programme mais de le suivre en classe avec tout le monde.

Groupe de sept à huit enfants.
Travail à deux.

Pendant que Renée travaillait avec l'un d'eux enfants sa collaboratrice travaillait et veillait sur les autres.


Huit enfants:

toute une classe?

Pour que l'enfant, "pour lui" suive au mieux?

Les autres enfants?

Pour le bien de tous?


Ne vaudrait-il pas mieux qu'au fur-et-à-mesure de ses progrès l'enfant autiste se rapproche "de lui-même" d'autrui?

Bâtiments scolaires communs mais salles de classe réservées aux enfants autistes.

Le plus souvent possible moments portes ouvertes: élèves comme profs secrétariats, conciergeries, jardiniers etc., concernés "accueillant"(à éviter les sourires "affichés"!)librement tels visiteurs enfants autistes aussi bien en tant qu'auditeurs que participants selon potentiels, aptitudes, goûts ou centres d'intérêts (voir CEMEA).

Cafeterias aux récrés non "une fois pour toutes"!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/03/2016

Mon commentaire n'est pas encore publié mais j'ajoute que les termes d'exclusion ou d'intrusion s'agissant des élèves autistes ne tiennent pas la route puisque ces enfants eux-mêmes s'excluent

ne marchant pas, ne mangeant pas, n'apprenant pas forcément avec les autres (tous n'aimant pas tous être "regardés" et prêts à le faire savoir). Chaque être autiste est unique, autre, nullement passé au moule ou "formaté" par conséquent à aborder simplement "aborder"! autrement.

Regrettables ces étiquettes "in" (pas question ici du savoir médical) catégorisant les élèves... étiquettes qui flattent certains... ainsi s'affichant par le fait réprimant, séparant ou, le pire, limitant ou bornant l'être, en l'occurrence, autiste.

Il serait bon de revoir les émissions TV des années 70 consacrées à Bruno Bettelheim en l'Ecole de Chicago.

Noter,impensable en classe avec l'ensemble des autres élèves, la disponibilité absolue de rigueur.

Remettons ces élèves avec l'ensemble.
On les retrouvera tôt ou tard, pourvus de noms d'oiseaux, au fond de la classe stagnant.

Or qui stagne recule.

On a, jadis, non sans modifier le vocabulaire honteux les désignant, choisi de retirer ces élèves des classes habituelles non pour les exclure mais pour faire le maximum pour et avec eux.

Les élèves à peine autistes, parfaitement abordés, auront toutes les chances de leur côté pour rejoindre le programme commun (fait en même temps stimulant pour leurs camarades plus atteints).

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/03/2016

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